Le feu

Il ne restait plus qu'un peu de braises à peine chaudes, presque éteintes, et l'on aurait cru que tout espoir était perdu de refaire du feu, afin de rendre à nos membres transis de froid la chaleur et la vie dont ils avaient besoin.
Mais voilà que le vent se leva, à peine un souffle, et il venait du nord, aussi froid que la glace et nous transperçait jusqu'aux os.  Mais cette bise inattendue était chargée d'espoir, car sous son léger souffle quelques étincelles brillèrent parmi les cendres qui bientôt crépitèrent puis ce furent de timides flammèches aussi courtes qu'éphémères ! 

Le feu était donc bien contenu dans ces morceaux de bois tout calcinés que l'on croyait morts d'une seconde mort. Il suffirait maintenant de remuer délicatement ces braises pour que le souffle de vent les pénétrât de sa vie et ranimât la flamme qui en était véritablement l'âme, pas trop vite toutefois, de peur d'éteindre définitivement ce qui restait de feu à l'intérieur des cendres.

Bientôt d'ailleurs, le vent tourna, à l'ouest d'abord, puis au sud, se chargeant à mesure d'humidité et de chaleur. Il soufflait, non pas de manière continue, mais sous formes de rafales de plus en plus longues, puissantes, profondes. C'était comme une immense respiration de la nature qui semblait s'éveiller du long sommeil d'hiver.

On pût alors jeter dans le foyer un peu de bois très sec, non pas certes de grosses bûches qui auraient étouffé le feu, inexorablement, mais de la paille et diverses brindilles, puis de petits branchages qui s'enflammèrent facilement, servant ainsi de nourriture légère et immédiate à la flamme encore hésitante qui ne demandait pas mieux que d'avoir quelque chose à brûler. 

Ensuite, lorsque l'on eût la certitude que le feu ne pourrait plus s'éteindre, on y jeta ce que l'on avait sous la main : c'était de gros rondins parfois remplis de neige, ou des branches épaisses encore toutes garnies de glaçons, voire des troncs d'arbre entiers.

On ne se souciait plus alors de vérifier si ce que l'on donnait en nourriture au feu était du bois sec ou vert! Et voilà que la flamme devint haute et brillante, transperçant les ténèbres de sa lumineuse clarté et réchauffant nos corps de sa bienfaisante chaleur. Sous l'action conjuguée du vent, qui maintenant soufflait très fort et de manière continue, et des matériaux de plus en plus consistants qu'on lui jetait, le feu qui tout à l'heure couvait timidement sous les cendres était devenu un immense bûcher.

On savait désormais que la victoire était gagnée sur les ténèbres et sur le froid. On pourrait donc attendre patiemment le retour du soleil et bientôt du printemps qui viendrait redonner à nos corps engourdis comme une vie nouvelle. 

Si donc au cours de ton cheminement spirituel, il t'arrive de traverser un long hiver, plein de froidure et de ténèbres, que cela ne t'étonne pas et moins encore te décourage, du moment que la flamme est toujours dans ton cœur ! 

(Paraboles L'eau vive et le feu, Christian Curty)

Dernière lettre de B.P.
On dit que tu nous parles
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