Stop, ce n’est plus du jeu !

Dans le scoutisme, on connaît les vertus du jeu, notamment en termes pédagogiques. Mais parfois, emportés par l’excitation, il arrive que les limites du jeu soient franchies et que ce ne soit plus… du jeu. Et les risques surgissent. Comment éviter cet écueil ?

 

Rédacteurs : Marine Doucet, Amélie Dusollier

 

Un hors-jeu salutaire

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N°33 - Mai 2013

 

Je suis seul et mes mains tremblent toujours. Elles restent soumises aux affres de ma peur et de ma colère. Mes lèvres ont pris le goût salé des quelques larmes que je n’ai pu retenir ; mon corps se soulève au rythme rapide de ma respiration. J’ai abandonné les autres. J’ai laissé l’équipe. Au début pour quelques instants, finalement pour de longues minutes. Et désormais, j’ignore quand j’aurai le courage ou la volonté de les retrouver.

Je n’en pouvais plus de jouer à un jeu qui ne me correspond pas, à un délire qui n’est pas «moi ». J’étais seul. J’ai même repoussé Charlotte qui a fini par comprendre mon trouble, un peu tard.

De ma position, je peux les voir rassemblés autour du feu de camp. Mon départ a au moins provoqué l’arrêt de leur jeu. Sans les entendre, je connais leur discours. Je suis le rabat-joie. Le mec qui ne sait pas déconner, pas faire la fête.

Celui qui ne sait ni se lâcher ni s’amuser. En effet. Quand l’amusement glisse vers l’humiliation, quand le délire s’empare des fragilités et de l’intimité, je ne m’y reconnais plus. Même si ce n’est pas moi la cible des moqueries et même si certains aiment tenir ce rôle de victime. Je n’en pouvais plus. Faut-il absolument que pour rire, l’un d’entre nous soit en position de faiblesse? Que l’un d’entre nous soit le jouet inconscient des autres?

Les émotions se bousculent dans mon esprit. Je me sens coupable de rompre la cohésion et la bonne humeur de l’équipe. Mais simultanément, je leur en veux de s’amuser avec cette confiance qu’on a les uns pour les autres. Comme si elle ne valait rien, comme si nos partages et nos engagements n’avaient aucun sens. Pourtant moi aussi, j’apprécie l’ivresse de l’insouciance, moi aussi je flirte avec les limites.

Moi aussi je veux me sentir appartenir au monde, ressentir mon propre corps, vibrer à l’unisson des autres. Mais c’est différent, ce n’est jamais coupé des responsabilités et du respect que j’ai pour eux ou pour moi.

Je ne peux me résoudre à m’abandonner totalement à la transe collective et à nier le réel. Mais puis-je le leur dire ? Et comment le dire ? Peuvent-ils l’entendre et le comprendre ? Je quitte ma solitude pour les rejoindre, des questions plein la tête. En arrivant près du feu qui crépite, je ne trouve pas les mots, je découvre leurs regards. Des regards de prise de conscience, d’excuse et de confiance renouvelée. Et si je m’étais fourvoyé sur ce qu’ils pensent de moi? Ce conseil d’équipe qui commence sous les étoiles me le dira. 

Nicolas Debandt

Accompagnateur Compagnons­


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Guillemet-Azimut

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rien de mieux que de bons jeux pour créer des liens dans l’équipe

 

Louis et Grégoire, compagnons dans le groupe Massillon saint Paul saint Merri

 

« Dans notre équipe, on s’éclate ! À tour de rôle on s’organise de grands jeux en taille réelle. L’un de nous choisit un livre de jeux de rôle, un scénario de « murder party » sur Internet ou emprunte un jeu de société clés en main et il plante le décor. Il choisit un lieu et un moment de la journée: notre local souterrain bien sombre, humide et mal éclairé, ou bien un endroit en pleine nature où on peut faire du feu pour créer une ambiance d’épouvante. Tout dépend de l’ambiance et de l’imaginaire du jeu. Ensuite il établit une liste précise du matériel dont il a besoin et la transmet à Manu, notre responsable matériel. Le plus important c’est la malle à déguisements: on a récupéré tout ce qu’on a pu comme vêtements et accessoires autour de nous. Cela nous permet de nous créer des personnages de folie! Un jeu sans imaginaire, pour nous, ce n’est pas un jeu.

 

Alors on le travaille à fond ! En général, on passe pas mal de temps à préparer, à bien définir le déroulé, à bien tout anticiper pour pouvoir être super réactifs au cours du jeu. S’il y a des temps morts, ça casse l’ambiance. Alors on s’est tous mis d’accord sur le fait qu’on devait jouer le jeu à fond. Ça vaut le coup de passer du temps à préparer. On s’est créé des délires de fous ! On s’est tellement identifiés à certains personnages que nous les conservons parfois sur plusieurs jeux et pour certains d’entre nous, nos personnages sont devenus nos surnoms! Rien de mieux que de bons jeux pour souder et créer des liens dans notre équipe ! On est tellement heureux de la journée passée ensemble quand on va se coucher… »


 

Guillemet-Azimut

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oxford-Cambridge en passant par les urgences...

 

Clément, compagnon à Tournefeuille

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« Pour que le jeu reste ludique, il faut parfois mettre des règles, j’en ai fait l’expérience. Pendant une veillée, on avait organisé un Oxford-Cambridge. Les équipes, assisess en ligne face à face, se tenaient les mains. Au top, chacun devait se lever à toute vitesse et prendre la place de l’équipe d’en face. Il faisait nuit, on n’y voyait rien, et j’étais pris par le jeu. Je me suis précipité et assis brusquement sur le bras d’un autre de mon équipe. Craaac! On a filé aux urgences. Son bras était cassé.

Ça m’a vraiment marqué. Depuis, mon équipe et moi, les jeux de “ bourrins ”, on y met des limites. Aux veillées, on fait des jeux plus calmes ou bien on choisit des endroits éclairés. On pose des règles pour assurer avant tout la sécurité. Bien sûr, je joue encore parfois à Oxford- Cambridge, mais à chaque fois, je commence par dire à tout le monde de faire attention et de veiller les uns aux autres. »

Jeux, tu, nous… préparons

jeux-halp-12-25Comment animer un jeu pour sa propre équipe? On dit souvent que les scouts et guides, l’animation, ils connaissent. Soit. Mais ça ne suffit pas, et une animation, un jeu, ça se prépare. Il existe mille outils pour cela. Les outils pédagogiques du mouvement et sur Internet vous montrent l’importance de prévoir un cadre, des règles, un imaginaire et surtout du sens à donner aux jeux. Ils vous donnent des billes pour définir les rôles de chacun, les équipes, les temps forts. Ensuite, au-delà de l’épervier ou même du jeu de piste géant en cinq dimensions et au Moyen Âge du Futur, allez donc vous inspirer dans le livre Jeux pour habiter autrement la planète. L’anticipation et l’utilisation sans modération de ces outils vous permettront non seulement de vivre de supers moments pendant le jeu, mais aussi pendant les moments de préparation. Faites vos jeux !

Antoine Pauvarel

Chargé de mission Burkina Faso

 

 

LEZINFINITIFS

Respirer

Si les oiseaux s’y mettent, je ne réponds plus des vadrouilles de mon esprit. Impossible de garder les yeux fixés sur le papier, sur les mots noirs et la feuille blanche, alors que tout fleurit de l’autre côté de la vitre. Je file par la fenêtre : dans les airs, je volette jusqu’à l’orée des bois. Il faut en ramasser des tas pour le feu de veillée. J’inspire de grandes goulées d’air pur. L’odeur de la sève et de l’écorce me chatouillent le nez. Penché entre les branches, je fouille les feuilles pour amonceler mon trésor de bois. J’ai un peu de terre sous les ongles, et des brindilles plein les doigts. Je souris en marchant, hume le printemps. En m’asseyant dans la prairie avec Jeanne et Alex, je cueille un long brin d’herbe. Je l’entortille, le fais rouler entre mes doigts. Et quand il tombe, le bruit de stylo sur la table m’extrait de ma rêverie. Je retourne à la feuille blanche. Mais tout respire le bonheur : ce weekend, nous campons !

A.D.

quand l'expression prend tout son sens
L'accompagnement, du sur mesure
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