quand il y a de l’orage dans l’air…

La vie en équipe, ce n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Parfois, pour une raison ou une autre, l’ambiance se gate, la dynamique se rompt, la confiance s’effiloche… Alors que faire dans ce cas ?

 

En cas de conflit, un bon conseil : le conseil d’équipe

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N°29 - Mai 2012

Cela fait une heure qu’on tourne en rond. Une heure qu’on en est toujours au même point. Ou presque… Une foule de choses sans importance se sont passées depuis le début de cette réunion. Comme à leur habitude, Pierre et Jules ont fait un sort aux pizzas 4 fromages et, depuis dix minutes, ils se disputent la légitimité des derniers morceaux fondus et froids collés à la boîte.

Claire relit pour la troisième fois ses fiches de génétique parce que: «Vous comprenez, je suis en médecine, je travaille moi !». C’est ça… Et nous on passe nos journées à se tourner les pouces...

Aude est plongée dans le Guide du routard. J’aperçois très distinctement, au dessus de sa tête, se dessiner les sentiers montagneux de l’Anatolie et les lumières crépusculaires se refléter sur le fameux lac de Van. Elle est totalement absorbée et se contente d’un «Moui, oui…» à chaque question qu’on lui pose. Donc aucune décision n’a été prise pour le moment en ce qui concerne l’association qui va nous accueillir.

- Bon, je confirme…, dis-je tout bas en attrapant l’ordinateur. Réaction immédiate et épidermique à ces quelques mots. Je sais qu’ils ne peuvent pas résister à ma provocation.

- Eh oh Hélène, mais t’es gonflée quand tu veux ! s’exclame Pierre. Qu’est-ce qui t’autorise à prendre les décisions pour toute l’équipe?

- J’sais pas, moi…, répondis-je. Peut être votre désintérêt total pour le projet, ou bien votre incapacité à vous organiser, ou encore à prendre des responsabilités et à vous y tenir ! J’ai plein de raisons, choisissez celles que vous préférez! - C’est vrai, les garçons qu’on a dû assurer le dernier extra job, renchérit Claire. Le lendemain de la soirée chez Maël. Franchement, c’était pas cool, y en a qui bossent.

- Arrête avec ça! T’es pas la seule à avoir des partiels!

Aude leva les yeux de son bouquin.

- Je pense qu’il est temps qu’on fasse un vrai conseil d’équipe. Que chacun exprime ce qu’il ressent.

- Tu nous gonfles avec tes trucs psychologiques, dit Jules.

- Je commence… , réplique Aude. Je ne suis pas très à l’aise avec l’ambiance de l’équipe et j’ai des inquiétudes sur le voyage si nous n’arrivons pas à communiquer, à nous dire les choses. Blanc. Aude exprime son ressenti et personne ne peut la contredire.

- A toi, Jules… Il lève les yeux au ciel. - Parler en « je » c’est ça…? Très bien. J’ai… quelques angoisses moi aussi sur le voyage… Je ne suis pas sûr de supporter aussi bien que vous les différences culturelles et la pauvreté… J’avoue que ça altère parfois ma motivation… souvent même.

Dans le salon des parents de Pierre, quelque chose s’est dénoué à ce moment- là. Partager ses sentiments, confier aux autres ses doutes et ses craintes, une étape difficile pour chacun. Mais en cet instant, ils ont écrit une nouvelle page de leur vie d’équipe, basée sur la confiance.

Nicolas Debandt

Chargé de mission au centre de ressources Ile-de-France


 

Guillemet-Azimut

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dans ces conditions, partir nous semblait impossible

 

L'équipe de Valence I

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« 22 juin, douze jours avant le départ : tout s’effondre, Mathieu ne peut pas partir avec nous en Haïti. Il vient d’apprendre qu’il a un cancer, son opération a lieu la semaine prochaine, les traitements suivront pendant l’été. Heureusement ses chances de guérison sont très élevées mais le traitement ne peut attendre. Que faire ? Notre équipe était notre principale force dans ce projet. Ludovic, Mathieu, François, Jean-Baptiste et moi, Floriane, sommes scouts ensemble depuis de nombreuses années. Nos souvenirs, nos nombreux débats, ainsi que nos points communs constituent un moteur pour notre projet. Elodie, dernière arrivée, compagnon depuis deux ans, a bien su s’intégrer et apporter sa touche de diversité à l’équipe. Ce projet, nous en rêvons à six depuis deux ans.

Que faire? Voilà déjà trois heures que nous en parlons et aucune solution ne s’esquisse. Partir semble très dur. Mais vis-à-vis de nos engagements envers nos partenaires, et vis-à-vis de la dynamique de l’équipe, annuler l’expériment ou le reporter d’un an ne semble pas satisfaisant non plus. Serons-nous assez motivés si nous gardons l’arrière-goût d’un projet annulé?» Tout compte fait, l’équipe partira, en faisant de cette décision un choix de toute l’équipe, Mathieu compris ! Ce projet sera un tremplin afin de remonter un nouvel expériment deux ans plus tard avec toute l’équipe cette fois-ci et le vivre ensemble jusqu’au bout.»

 


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Guillemet-Azimut

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on a été obligées de se parler...

 

 

Alexia, compagnon à Dax

« Il arrive que des conflits surviennent dans une équipe… C’est ce que nous avons dû surmonter cet été lors d’un camp Nature-Environnement à Luminy (Marseille). Au fil des années, certains membres de l’équipe étaient partis, tandis que de nouvelles têtes se joignaient à nous. C’était le cas cette année, avec une personne de plus dans l’équipe. Nous étions désormais cinq filles. Avec cette nouvelle venue, il fallait s’adapter, faire des efforts pour l’intégrer, éviter les malentendus et mésententes en cours de route.

Notre équipe a eu du mal à faire face car il n’y avait aucune communication entre nous à propos de ces difficultés vécues au quotidien. Quand quelque chose n’allait pas, chacun le gardait pour soi. Cette façon de fonctionner n’a fait qu’aggraver les choses. La tension grandissait, jusqu’au jour où ça a explosé et où on a été forcé de se parler. Même si ce n’était pas facile, ça a fait un bien fou à chacune de nous. Nous avons compris que la parole, les mots étaient nécessaires pour le bien-être et le bon fonctionnement d’un groupe. Une clé indispensable ! »

 

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L’équipe a été déstabilisée et blessée par son attitude

 

Martin, compagnon à Nice

 

« C’était au cours de l’hiver 2010, l’année avait bien commencé, nous étions quatre compagnons, quatre garçons, très motivés et super liés. Nos week-ends étaient dignes de légende, nous préparions notre expériment d’été avec entrain, nous nous retrouvions en semaine pour rigoler ensemble. Puis, courant février l’un des compagnons est parti. Du jour au lendemain, sans donner aucune nouvelle. C’était le plus motivé d’entre nous. L’équipe s’est retrouvée déstabilisée et blessée par son attitude. Plusieurs mois ont été nécessaires pour combler le vide et reconstruire l’équipe. Il a fallu se répartir ses responsabilités,

 

dont le suivi du budget, et surtout cesser de penser à lui tous les jours et à ce qu’il aurait choisi alors qu’il n’était plus là. En fin de compte nous avons rebondi et nous sommes partis aux JMJ tous les trois. Ce fut une expérience magnifique. À notre retour, il a repris contact et nous a expliqué les problèmes auxquels il avait été confronté. C’était important pour l’équipe de comprendre. Malgré la rupture et la difficulté à lui redonner notre confiance, nos rapports sont redevenus amicaux. Tout comme l’équipe, lui aussi a continué dans le scoutisme, mais sur des chemins différents. »

S’écouter… ça s’apprend aussi !

Lors d’un conseil d’équipe, chacun s’exprime, et surtout, chacun écoute. Et ce n’est pas si naturel qu’il y paraît. Ecouter sans juger, se placer ni au-dessus ni en dessous de la personne écoutée est tellement subtil qu’il existe même des formations. Les Scouts et Guides de France travaillent en partenariat avec l’association Astrée, qui forme à l’écoute active. Celle-ci permet de se rendre disponible à ce que dit l’autre, reformuler, interroger, être à la juste distance. Pour les compagnons, apprendre à écouter présente un intérêt certain pour la vie de l’équipe, ainsi que pour mieux entrer en contact avec des personnes en précarité lors d’un expériment. C’est aussi un réel atout pour chacun dans sa vie quotidienne et professionnelle. Voilà donc un bel exemple d’expériment court ou d’acquisition de compétences ! Sur le site d’Astrée se trouvent les contacts locaux de l’association dans toute la France. Il n’est généralement demandé que l’indemnisation du déplacement du formateur. Bonne écoute à tous ! www.astree.asso.fr

LEZINFINITIFS

Rencontrer

Il ne nous connaît pas. Nous ne le connaissons pas. Un partout. Son regard est souriant et interrogateur. Sa peau est d’un noir bleuté qui me fascine. Marie dira ensuite qu’il avait l’air amusé de nous voir, nous, ces quatre compagnons, tout timides. C’est lui qui a commencé à parler. Il doit nous raconter comment c’est, là-bas, ce bout de terre en Mauritanie. D’où il vient et qui doit nous accueillir cet été. Mais pour l’instant, c’est lui qui nous fait parler : dire qui nous sommes et pourquoi nous souhaitons partir. Nos premières réponses, un peu maladroites, lui conservent son sourire. Il nous propose alors du thé, puis, tout en nous servant, reprend les chemins de son pays et nous emmène avec lui, entre mer et sables, là bas. Une première rencontre comme un premier plongeon pour se préparer à des dizaines d’autres!

La promesse, pour se mettre en route
Le rôle de l’accompagnateur Compagnons : y aurait-il malentendu ?
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