partir loin ?

L’éloignement, la distance, le dépaysement, sont des critères importants pour le choix de l’expériment long. Pour autant, le dépaysement et la qualité des projets ne se mesurent pas en kilomètres !

 

Rédacteurs : Amélie Dusollier, Cécilia Szely, Richard Legall

Tous ces « rêves du bout du monde »

 

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N°32 - février 2013

 

Une manche après l’autre. J’enfile lentement ma nouvelle chemise, verte. Elle porte encore les traces des plis de l’emballage duquel je viens de la retirer. Une nouvelle tenue pour une nouvelle aventure. Les autres membres de l’équipe font de même. À la fois impatients et mal à l’aise. Depuis le temps qu’on en parle, nous voilà compas. Tous les rêves de bout du monde sont maintenant possibles. À côté de nous, les «3e temps» ont ce sourire et ce regard des grands retours. Leurs chemises ne sont pas aussi pimpantes que les nôtres. Décolorées ou tachées, ornementées d’un insigne scout inconnu, elles ont vécu le voyage, elles ont vécu la rencontre, elles ont vécu l’aventure. Et pourtant ils ne sont partis qu’en Roumanie... Mais pourquoi donc une destination aussi proche, alors qu’il existe les flancs du Kilimandjaro, les étendues blanches du Salar d’Uyuni, les rives du Gange ou la baie d’Along? Ça, ça fait rêver ! Clément s’approche de moi avec un grand sourire. Je reconnais le regard qu’il me porte.

Le même regard de grand frère qu’il portait sur nous quand il était chef d’équipe chez les pios. Un regard capable de nous emmener loin dans la déconne et de nous stopper aussi sec quand nous frôlions les limites. Un regard qui m’énerve et me fascine à la fois.

- Alors ça y est?

- Ça y est, répondis-je. À nous la liberté des compas ! Plus de chefs, plus de contraintes ! Que du fun !

- Ouais, enfin, tu vas voir que ce n’est pas si simple si on veut vraiment vivre quelque chose de fort.

- Quelque chose de fort genre partir en Roumanie? répondis-je avec un sourire narquois. C’était sûrement très bien hein, mais bon... Je vois un instant dans son regard que je l’ai blessé. Puis la lueur disparaît.

- Peut-être que nous ne cherchons pas la même chose de nos années compas.

 

- Tu veux dire que tu n’avais pas envie de voyager? Me fais pas rire.

- Je n’ai jamais manqué de rien, j’ai toujours posé des choix en toute liberté, je fais des études qui m’épanouissent et je n’aurai probablement pas de problème pour gagner ma vie plus tard…En vivant ce projet dans cette communauté roumaine, je ne suis peut-être pas parti très loin géographiquement, mais je suis parti très loin de moi. Et nous aurions pu aller encore plus près d’ici et à des années-lumière de notre vie. Cette expérience de la rencontre m’a beaucoup apporté.

- Mais dans notre équipe, on a envie de découvrir un nouvel endroit du monde!

- Et c’est une excellente idée! Assurez-vous juste de le faire pour les bonnes raisons. Il me ressert un petit coup de son sourire et rejoint le reste de son équipe. Après tout ce temps, il continue de m’énerver et de me fasciner…

Nicolas Debandt

Chargé de mission au centre de ressources Ile-de-France


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Me confronter à la différence m’a fait percevoir le monde autrement

 

Maxime Robert, compagnons 3e temps St Médard-en-Jalles

 

 

« Aller au Cambodge pour faire de la sensibilisation à la gestion des déchets avec des jeunes de notre âge n’a pas changé la face du monde, mais nous avons pu échanger autour de nos modes de vies, de nos cultures, de nos façons de faire. Mon projet compagnon, ce n’était pas un accomplissement, c’était un départ. Rencontrer la différence et m’y confronter m’a permis de changer ma manière de voir le monde qui m’entoure.

 

La société nous vante les mérites de la construction de notre bien-être et trace notre vie avant même que nous ayons pu dire un mot. Cet individualisme m’oppresse. Moi je veux vivre la solidarité et la fraternité. Je ne veux pas me contenter de donner de l’argent aux autres mais je veux faire avec eux, participer à la réalisation de leurs rêves. »


 

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Une destination qui m’a complètement extraite de mon quotidien

 

Luce Tainturier (3e en partant de la gauche), équipe compagnons de Lagny

 

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« Nous, nous avons vite compris qu’on ne voulait pas partir au bout du monde. Mais pourquoi la Moldavie? Eh bien grâce à la rencontre, à Paris d’Avenir, de deux Rovers moldaves avec lesquels nous avions eu un super contact. Et parce que nous avions une grande curiosité pour ce pays donc nous ne savions absolument rien. Pendant mon projet, j’ai vraiment eu le temps de découvrir ce pays méconnu, ses paysages, ses coutumes et surtout ses habitants. J’ai pu parler avec des Moldaves de mon âge, partager nos expériences scoutes, discuter de nos vies respectives…

La Moldavie, ce n’est pas trop loin d’ici, mais c’est une culture très différente de la nôtre, à la croisée d’influences roumaines, turques et russes. Nous avons pu établir un véritable partage : j’ai appris quelques mots de roumain, des chants et des danses, des techniques scoutes ; nous avons partagé nos jeux, raconté au cours d’ateliers notre expérience du scoutisme, révélé nos talents de cuisiniers dans un mémorable repas trappeur… Je n’ai jamais regretté notre destination qui m’a complètement sortie de mon quotidien, et m’a permis de créer de vraies amitiés. »


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On part pour un projet, pas pour une destination

 

 

Jean Toulouse, compagnon 2e temps de la 13e Caen-Venoix

« Dans mon équipe, au début, on n’était pas d’accord parce que certains voulaient aller en Afrique, d’autres en Asie… Et puis on s’est dit que ça pouvait nous apporter autant de partir au Sénégal, au Pérou ou en Roumanie. Le but du projet compa n’est pas de partir faire un voyage : on part faire un projet. Dans le voyage, on achète un billet et on va loin. Au contraire notre projet, on le monte, on le prépare, on s’y forme, on a un retour après. 

Et puis, on le fait en équipe, en équipe scoute. Ça compte plus que la destination. Je pense que c’est important de partir, de profiter de cette occasion pour sortir de son quotidien. Mais doit-on chercher à partir loin pour en être en dehors de ses habitudes ? »


 

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Je rêve de jungle, de danses, de couleurs vives et… de vraies rencontres

 

Clémentine Dubarry, compagnon 1er temps à Boulogne-Billancourt

 

 

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« L’année dernière, j’ai rencontré un prêtre missionnaire qui revenait de Papouasie. Depuis, j’ai envie de partir vraiment loin. L’envie de partir n’est pas nouvelle, elle est présente depuis que j’ai vu mes chefs revenir du Sénégal lorsque j’étais guide. Mais depuis cette rencontre, je sais où moi je veux aller. Alors oui, je sais bien que l’Asie du Sud- Est, c’est loin et que ce n’est pas évident d’y aller. Mais moi c’est cette région qui m’attire. Dans mon esprit elle est encore un peu sauvage, méconnue et quand je ferme les yeux je vois les femmes de Bali, les danses, les couleurs vives, les coiffes dorées, la jungle.

Gourmande, j’aimerais aussi découvrir les goûts et les odeurs de là-bas. Ce prêtre m’a donné envie d’y aller : dans la campagne, loin du tourisme et des clichés. J’ai avant tout une envie de vraies rencontres, d’aller découvrir le monde qui se cache derrière les images que j’ai moi-même fabriquées. Alors, au fond de moi je sais que, compa ou pas compa, un jour j’irai là-bas. »

Si la destination doit changer, gardez vos ambitions

Chaque année, plusieurs équipes doivent abandonner un projet entre janvier et mars, très déçues de changer de destination. Si cela vous arrive : pas de panique ! Vous pouvez vous réorienter avec succès. Premier réflexe à avoir : vous rassembler en équipe, avec vos AC. Prenez le temps de relire l’avant et de préparer l’après. Votre expérience peut enrichir votre expériment. Qu’est-ce qui n’a pas marché, pourquoi : des questions de budget, de sécurité ou de partenariat non abouti ? Si la destination doit changer, vos bonnes idées de départ restent. Saisissez la balle au vol pour les réaffirmer et fixer les priorités : il faudra parfois être moins ambitieux sur la forme, mais pas sur le fond. Que voulez-vous vivre ? La rencontre, la découverte, le service? Qu’à cela ne tienne : qui a dit que « plus loin » voulait dire « plus utile » ou «plus sympa » ? Le service international et les chargés de mission pays SGDF sont là pour vous mettre en relation avec des partenaires, notamment via la rubrique partenaires internationaux du site. Et si changer de destination vous permettait de mieux partir ?

Antoine Pauvarel, chargé de mission Burkina Faso

LEZINFINITIFS

Chanter

Elle devait être là avant moi, la note qui surgit quand j’endosse ma chemise. Elle est suivie par d’autres, et ainsi naît la mélodie. Celle qui donne l’allant à la marche, réjouit chaque service, souffle sur le feu de camp, célèbre Dieu et les moments partagés. Ces chansons rassemblent notre équipe. Elles disent quelque chose de nous, de notre histoire et de nos goûts. Sifflée, murmurée, fredonnée ou entonnée, la musique jaillit à nos lèvres dans l’élan de nos cœurs au-delà de nous-mêmes. Elle vient aux oreilles du monde. Elle nous précède dans la rencontre, là-bas ou à la porte de chez nous. Quand le moment prend fin, il faut enlever chemise et foulard. Mais une rengaine vient me murmurer quelque chose des moments vécus et des émois de l’âme. Je fredonne, tu chantes, elle claque des doigts, nous improvisons, ils ajoutent leurs voix… et nous laissent enchantés.

Amélie Dusollier

 

L'accompagnement, du sur mesure
Faire communauté dans le groupe
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