La vie devant soi

18 ans pour – enfin! – être adulte. Dessiner sa vie, faire ses premiers grands choix. En ce temps de passage à l’âge adulte, plus ou moins long, plus ou moins linéaire, l’autonomie est un réel enjeu. Et l’accompagnement des compagnons dans ce nouvel espace-temps, un vrai défi !
 
OBJECTIF ÉDUCATIF
Avoir confiance en soi pour exercer son autonomie.

« Ce week-end, j’ai fait mon entrée dans le monde des grands, un passage que l’on attend tous, témoigne Blandine, compagnon 1er temps sur le territoire du Val-de-Marne (94). Nous étions heureux et fiers de devenir compagnons – les grands, les chemises vertes, ceux que l’on regarde avec admiration. Pourtant, au début, quand notre accompagnateur nous a « lâchés dans la nature », nous laissant ainsi libres de nos actes, nous étions un peu perdus ! Ne sachant pas quoi faire, nous avons profité de ce moment pour respirer, aucun chef sur le dos, personne pour vous dire quoi faire, la liberté en quelque sorte!» Tout comme Blandine, chaque jeune adulte qui vit une nouvelle étape d’autonomie est face à l’immensité du champ des possibles. Changer de ville pour ses études, quitter le domicile des parents, démarrer un cursus dans une nouvelle orientation, débuter son premier boulot: chacun ayant sa propre vie comme terrain d’expérimentation, grandeur nature. Se sentir libre comme l’air, avoir l’impression que tout est réalisable, avoir le monde et l’avenir dans ses mains… Autant de sensations fortes, à la fois grisantes et déroutantes, même si les craintes sont rapidement bousculées par cet air de liberté longtemps espéré !

Pourtant, bien que l’autonomie des jeunes soit un idéal largement prôné dans la société française – parfois même une véritable injonction – cette même société n’en donne pas forcément les moyens : logements très chers, aides financières versées aux parents et non aux étudiants, difficulté de cumuler études et petits boulots. Par ailleurs, la pression est très forte sur l’obtention d’un diplôme et sur un cursus scolaire linéaire, sans beaucoup d’espace ni de facilités pour des temps d’exploration, de service, de découverte de soi et du monde. Ainsi les attentes de réussite envers les jeunes sont très fortes, sans pour autant qu’ils aient toujours des lieux ni des personnes pour les accompagner dans leurs choix.

Des projets pour s’«expérimenter».

Les expériments sont au cœur et tout au long du trajet des compagnons. De multiples opportunités de se risquer, de vivre en prise directe avec la réalité, de se confronter au monde et aux autres. Pour chaque compagnon, c’est un espace pour réaliser ses rêves, s’éprouver à être soi, vivre des expériences fortes et fondatrices et expé- rimenter de nouvelles façons d’agir, de sentir, de dire. Tout le positionnement de l’accompagnateur Compagnons se joue dans l’accompagnement de cette autonomie : sans faire «à la place» et sans être trop maternant, aider les équipes et chacun des compagnons à explorer de nouveaux univers, à prendre des responsabilités, à communiquer d’adulte à adulte. L’autonomie se manifeste alors tant dans l’espace de créativité donné pour les activités que dans la confiance reçue, celle de l’équipe, celle de l’accompagnateur Compagnons, celle du mouvement. Elle naît aussi de cette relation d’adulte à adulte instaurée au sein de l’association, par l’inclusion des compagnons au sein de la communauté des jeunes adultes du groupe et par leur statut, dès 18ans, de membre à part entière de l’association. L’autonomie n’est pas pour autant une fin en soi. S’il s’agit aujourd’hui d’un marqueur important de l’entrée dans l’âge adulte, ce ne peut être un prétexte à enfermer les compagnons dans leurs actes, les restreindre à leurs manques et leurs égarements. Les compagnons demandent à être reconnus légitimes dans les choix qu’ils font, quels qu’ils soient, quitte à ce qu’avec eux il puisse être posé un regard lucide sur leurs actes. Mais en restant bienveillants vis-à-vis des personnes. Avoir des espaces d’expérimentation, c’est à la fois avoir droit à l’erreur et avoir la possibilité de grandir. Reconnaître, tout compte fait, qu’à tout moment de l’existence on peut changer, encore et toujours !

 Amélie Teisserenc,

Responsable nationale Jeunes adultes & branche aînée. 

N°23 - Novembre 2010

Guillemet-Azimut

Guillemet-droite-Azimut

Entrer dans l’âge adulte

 

 « En France, la norme est celle de l’indépendance précoce, tant du côté des parents que des enfants. Par contre, les moyens de son autofinancement arrivent assez tard dans les trajectoires de vie. Les jeunes Français connaissent donc, entre 18 et 30ans, une période d’entre-deux dont la longueur est liée à de multiples causes : l’emploi ne leur permet pas de financer leur indépendance, les aides étatiques sont plutôt faibles, les prêts bancaires et les logements sont difficiles à obtenir sans caution parentale… Les jeunes Français prennent conscience que l’indépendance n’est pas uniquement faite d’étapes statutaires, que celles-ci ne suffiront pas à les rendre adultes. Devenir adulte est devenu extrêmement subjectif: se construire, être responsable, réussir à trouver une place, être à l’aise avec son autonomie."

Extrait d’une interview de Cécile van de Velde, sociologue, parue dans la revue Projet n°305, suite à la publication de «Devenir adulte. Sociologie comparée de la jeunesse en Europe» Editions PUF, 2008.

 

 

Le rôle de l’accompagnateur Compagnons : y aurait-il malentendu ?
Un couple au sein de l’équipe
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