Faire équipe à distance

L’éloignement géographique, les contraintes de la vie étudiante, les stages professionnels, peuvent mettre parfois en péril la vie de l’équipe compa. Comment faire alors pour continuer à faire équipe et réaliser les projets conçus ensemble ? Voici quelques retours d’expérience.

 

Rédacteurs : Benoît Lalire, Amélie Makré, Amélie Dusollier

 

renaissance pour le club des cinq...

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N°35 - Novembre 2013

 

Le TGV a atteint sa vitesse de croisière, je me laisse porter par la régularité de son ronflement. Je tente comme je peux de conserver les yeux ouverts et malgré moi, je sens que la lutte est difficile. En face, Gaëlle me fixe avec un sourire entre moquerie et bienveillance. Je fais celui qui reste fier et avec une grimace pour toute réponse, je me retourne sur mon siège. La campagne lyonnaise se dessine à travers la vitre et mes pensées voyagent au gré de la douceur de ses vallons. Encore une trentaine de minutes et nous pourrons enfin retrouver les trois autres pour reformer, le temps d’un week-end, notre club des cinq.

Qui aurait cru que nous en serions arrivés là? Certainement pas moi. J’avais fini par ne plus croire à cette équipe... Pas après les six mois difficiles que nous venions de traverser, que nous venions d’endurer. 

Six mois vécus comme si toutes les années de scoutisme, de camps, d’expériences et de bêtises ensemble avaient été effacées par la distance. Les études avaient fini par nous séparer alors que ni les disputes, ni les bancs du lycée, ni même nos flirts, n’y étaient parvenus. Au début, nous ne l’avions pas vu venir, chacun revenant au moins une fois par mois, ça ne nous paraissait pas insurmontable de vivre ces années compas. Un peu d’organisation, c’est tout. Mais je les revois ces réunions annulées, ces textos d’excuses pour une soirée ou un partiel, ces mails d’énervements pour trouver une date dans l’espoir de faire avancer le projet.

Pourquoi était-ce si difficile de vivre cette aventure séparés ? Est-ce que le quotidien est plus fort ?

Avons-nous si peu de volonté que quelques kilomètres suffisent à réduire à néant notre équipe ? Moi le premier, je me suis caché derrière un emploi du temps chargé. Je l’avoue. Le rythme, les enjeux, les priorités. Tout semble avoir changé, avoir été bousculé depuis le bac. La vie d’adulte ne laisse-telle plus la place au rêve? À la soif de rencontres, au désir de servir à quelque chose ? Nous nous étions connus ados, il nous fallait désormais nous connaître en tant qu’étudiants. D’où l’idée de ces week-ends. Prendre un temps pour nous, pour découvrir la vie de Sylvain à Lyon, pour dîner dans un petit «bouchon»* et pour se balader dans la vieille ville. Vivre l’équipe dans la convivialité et s’enrichir sur ce chemin d’adulte parfois cahoteux. Part-Dieu. Nous y voilà. Et dans deux mois, le club des cinq à Bordeaux.

Nicolas Debandt

Accompagnateur Compagnons­

*Petit restaurant lyonnais


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Nos objectifs: se retrouver !

 

Solène Perrault, équipe Compagnons d’Annecy

 

 

« L’une à Beauvais, l’autre à Besançon, un troisième à Lyon, un autre à Brest et la dernière en Équateur, on peut dire que les Citrons verts n’ont pas la vie facile ! Décalage horaire, éloignement et études ont rendu la vie d’équipe compliquée pour les cinq compas d’Annecy (Haute- Savoie). Après une première année tous ensemble, la deuxième année se présentait avec des obstacles mais la confiance de les dépasser : « On voulait partir en Équateur, retrouver Solène et monter un projet là-bas ! Puis s’apercevant qu’elle aurait tout de même à faire un aller-retour, on a commencé à bâtir un projet en Inde. La motivation ne manquait pas ! » expliquent- ils. Mais entre les études des uns, les stages d’été obligatoires et l’éloignement, ils n’ont pas pu assister aux Formations Départ Étranger (FDE) ensemble. Rapidement, construire un projet à l’étranger s’est avéré impossible.

 

«On a alors réfléchi à nos objectifs : se retrouver ! On a vécu un premier temps très fort, alors il s’agit de nous retrouver dans un lieu qui nous plaît vraiment, quitte à renoncer à notre départ à l’étranger. » Alors cet été, ce ne sera ni à Delhi ni à Quito que se vivra leur camp mais tout simplement à Taizé. « On est capable de se dire les choses simplement quand on a souci, c’est ce qui nous a aidés à tenir. Et même si François ne viendra peut-être pas avec nous cet été, pour nous, il fait partie de l’équipe à part entière : on est cinq et on reste soudés malgré la distance ! Même si parfois on s’est un peu perdus, on s’est toujours retrouvés ! » conclut Solène avec le sourire.»


 

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Cela m’a ouvert à d’autres façons de vivre le scoutisme, tout en gardant des liens avec mon ancien groupe

 

Pierre Quillery, ancien compagnon de Montélimar

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« J’ai quitté Annecy au cours de ma 3e année pionniers et je suis arrivé à Montélimar. C’est là que j’ai terminé mon année avec les pionniers-caravelles. Le groupe dont je venais était très cadré. À Montélimar, il y avait un peu plus d’improvisation et on n’avait pas de chefs pour les pionniers. Il a fallu que je m’adapte à cette autre façon de vivre le scoutisme. Mon arrivée s’est assez bien passée et on a vécu un super camp. Tous se connaissaient depuis les scouts-guides et on a continué ensemble pour former notre équipe Compagnons à la suite de ce camp. Nous étions 7, avec de la motivation,

des caractères différents, mais les temps forts qu’on avait vécus jusqu’alors n’étaient pas les mêmes. On avait une vraie force dans notre nombre: une telle diversité, ça a ses avantages ! Après notre premier camp qui a véritablement soudé l’équipe, on est partis au Bénin. De beaux souvenirs, j’ai vraiment eu de la chance de vivre ces années compas dans ce groupe, ça m’a permis de m’ouvrir à différentes façons de vivre la proposition du mouvement. Tout cela s’est fait naturellement, et ne m’a pas empêché de garder des liens avec mon ancien groupe. »


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Nous sommes plus efficaces à distance

 

 

Gabriel Lecomte, pour les Compaccordés, groupe sainte Bernadette, Dijon

« Dans l’équipe, nous sommes six, venant tous de la même caravane et nous connaissant pour la plupart depuis les louveteaux. La première année compas, c’était facile pour se voir : nous étions tous à Dijon et le local restait un point de ralliement central pour tous. Nous avons fait notre promesse juste avant l’hiver et avons vécu notre expériment court lors de notre premier camp d’été, en Bretagne, en partenariat avec un festival son et lumière. On a passé un super camp et on avait largement de quoi s’occuper entre l’aide à la mise en scène, l’installation des décors la journée, les rôles à tenir en soirée, le rangement après le spectacle. À tel point que nous avions moins de vie d’équipe. À la rentrée, c’est devenu plus compliqué : Étienne à Paris, Constance et Thibaud à Dijon, Baptiste à Saint Étienne, et Laure-Anne et moi à Lyon. La distance a dû s’apprivoiser et nous nous sommes organisés différemment : échanges réguliers par mails, réunions en visioconférence sur Skype, tout en parvenant à se voir pendant l’année : aux événements du groupe, quelques réunions en équipes, repas de Noël avec échanges de cadeaux entre nous... Cette année, nous avons aussi prévu un week-end neige avec les autres équipes compas du groupe. Après notre premier camp, nous avons décidé de vivre un deuxième camp d’été en privilégiant la vie d’équipe. Ce fut une vraie réussite, car c’est au cours de notre camp itinérant dans le Morvan que nous avons pu nous motiver et préciser l’expériment long que nous avions envie de vivre ensemble.

Aujourd’hui, nous avons dompté la vie d’équipe à distance en jonglant entre courriels, visioconférences et réunions d’équipe (plus ou moins régulières) où nous accordons une part aussi importante à la convivialité qu’au travail. Les comptes rendus de réunions nous permettent d’être au courant lorsque nous n’avons pas pu assister à une réunion, de tenir informés nos Accompagnateurs Compagnons sur l’avancée du projet. Finalement, nous avons fait de la distance une alliée et cela nous a notamment servi lorsque nous avons pu rencontrer un partenaire de notre projet à Lyon sans avoir à mobiliser toute l’équipe. Contrairement à ce qu’on aurait pu penser, on se rend compte maintenant que nous sommes plus efficaces à distance, car entre deux réunions, chacun a le temps d’avancer sur ce qu’il doit faire. Nous avions fait une charte en première année mais aujourd’hui, celle-ci est plutôt morale entre nous. La solidarité dans l’équipe est très forte, on ne peut pas s’investir tous de la même façon pendant l’année mais cela est accepté par tous. On continue tous ensemble parce que tout ce qu’on a vécu depuis le début nous a lié, et nous donne envie de poursuivre, de vivre encore d’autres projets, et notamment notre expériment long à Madagascar. »

Dompter la distance

« Clément fait ses études à Lille et il n’a pas pu s’investir. On n’en a pas trop parlé avant la Formation départ à l’étranger (FDE) parce qu’on n’a pas réussi à se réunir, mais finalement il n’est pas parti avec nous». D’accord, l’éclatement géographique de l’équipe ne simplifie pas les choses. C’est vrai qu’un billet de train, ce n’est pas donné. Mais si c’est un obstacle pour se voir, ça n’en est pas nécessairement un pour se comprendre et travailler ensemble. L’objectif d’un expériment long par exemple, c’est de construire un projet de rencontre avec des jeunes qui sont bien plus loin que Lille ou Marseille, et ça marche ! Clément n’était peut-être pas assez motivé. Éclatés ou non, voici quelques pistes pour que chacun s’implique à la mesure de son éloignement et de son temps : fixez un calendrier de rencontres (visio, téléphone, même un weekend entier !), dites clairement votre motivation et vos disponibilités, et n’attendez pas les FDE ou rencontres territoriales pour vous voir ! Vous pouvez compter sur vos accompagnateurs pour vous y aider.

Antoine Pauvarel, chargé de mission Burkina Faso

LEZINFINITIFS

Frémir

Pierrot me raconte son histoire, mais je n’arrive plus à l’écouter sans sentir mes poings se serrer, les larmes me monter aux yeux. Je ne comprends pas. Comment est-ce qu’on peut laisser faire ça ? Je ne veux pas participer à cette injustice, moi ! Je ne peux pas fermer les yeux ou faire comme si. Je sens que cette rencontre est décisive pour moi. En équipe, nous avons monté ce projet, rencontré le partenaire, décidé de ce que nous allions faire avec lui. Mais je découvre une réalité qui me bouleverse bien plus que ce que j’aurais pu imaginer. Nous en reparlons toute la nuit avec Nico et Sarah pendant que les autres dorment. Et je comprends qu’ici, tout en moi est ajusté : je suis à ma place. Je vais rentrer, mais je sais que j’ai posé le premier pas sur un long chemin. Mon coeur, mon corps et ma tête frémissent. Je sais ce que je veux faire de ma vie.

A. D.

Le 3e temps, une année au service de l’engagement
En marche avec sa foi
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