Et dieu dans tout ça ?

Quelle place donner à la dimension spirituelle en équipe ? Réussir à en parler ensemble, partager ses questionnements ou sa foi, rencontrer Dieu dans sa vie, cultiver l’ouverture aux autres, c’est là sans doute la véritable quête spirituelle des compagnons.

Rédactrices : Océane Despas, Amélie Mackré

 

Une foi, deux fois, trois fois…

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N°31 - Novembre 2012

Les flots filent le long de la coque du ferry, les nuages se succèdent au-dessus de la Méditerranée, mais sans un regard de l’équipe. Tous les cinq, en route pour l’Algérie, imaginons à quoi va ressembler cette rencontre avec un autre pays, une autre culture, une autre religion. Et c’est là qu’Antoine met les pieds dans le plat:

- En terre musulmane, pas de messe: youpi ! lance-t-il avec ironie.

- Tu es gonflant, rétorque Juliette, tu te moques toujours du côté spi, et pourtant c’est fondamental dans le scoutisme, et pour moi c’est essentiel. Dans l’équipe, le sujet revenait souvent, sans qu’on n’en fasse jamais vraiment le tour : comme un appel dans nos vies avec lequel on ne sait pas toujours comment se dépatouiller.

- C’est bon, c’est bon, j’ai dit ça en rigolant. Je ne voulais pas te vexer. Cela dit, avoue quand même qu’il y a des choses plus excitantes dans la vie. Et puis chacun pense ce qu’il veut et c’est plus simple.

- Et pourtant moi je trouve ça génial de pouvoir parler de ces sujets entre nous, justement parce qu’on ne partage pas tous les mêmes convictions.

Ça permet d’être au clair avec ce qu’on croit ou pas.

- Ok… mais la foi, c’est quand même pas toute la vie ! On a d’autres trucs à penser en ce moment, genre nos études, nos opinions politiques, notre indépendance…

- Ben justement, la foi en fait partie, de tout ça. Pour moi, m’engager comme chrétienne est une véritable décision d’adulte. Et c’est pour ça que j’ai demandé à être confirmée. Ça n’empêche pas de me poser encore des tas de questions ou de ne pas toujours être d’accord avec tout, mais au moins j’ai fait un choix personnel et libre. Et être croyante, ça me permet aussi de mieux respecter les autres.

- Ah ouais ? Tu vas me dire que parce que tu as fait ta confirmation tu es plus tolérante ou ouverte d’esprit ?

- Ce n’est pas la confirmation en soi qui me rendra meilleure, mais le fait de savoir ce en quoi, moi, je crois. De me savoir aimée de Dieu, de savoir qu’il aime chacun, ça m’aide aussi, peut-être, à mieux aimer les autres.

- Moi, ajouta Yannick, même si je ne suis pas toujours à l’aise avec l’Eglise, je crois pouvoir dire que je suis en relation avec le Christ, comme tu peux parler à un ami, en toute liberté et sans aucun jugement. Dans les Evangiles je trouve des repères pour ma vie et pour prendre de la hauteur. Je pense qu’on peut même y trouver les clés du bonheur !

Entendre parler Juliette et Yannick de leur foi à coeur ouvert nous a tous questionné intérieurement. On a tous été touchés de la confiance qu’ils nous faisaient en osant révéler cette part d’intimité. Ça nous a donné envie de continuer, en équipe, à chercher Dieu dans nos vies. Avec nos mots à nous et la sensibilité de chacun.

Nicolas Debandt

Accompagnateur Compagnons­


 

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Guillemet-Azimut

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Un fou rire a plus d’importance qu’une messe forcée

 

Benoît, compagnon dans le groupe « Sept chemins trois rivières» à Melun

 

« Dans notre équipe, le respect de l’autre et l’ouverture d’esprit nous a toujours permis de nous exprimer librement et de vivre chacun notre foi. Pour être franc, si nous consacrons du temps à la dimension spirituelle, c’est d’abord parce que ça fait partie des Scouts et Guides, mais au final, on se rend bien compte que ça nous apporte plus que n’importe quel débat. Concrètement, on essaie de mettre en place des moments d’échange et de réflexion ou des temps de relecture. Nous n’avions pas envie de le faire par habitude, mais comme cela venait peu naturellement, nous avons préféré imposer un petit temps journalier. Nous vivons notre foi à travers des temps prière, des messes que nous prenons plaisir à animer pour leur donner de la résonance, mais aussi à travers des petits moments de la journée comme lors des bénédicités.

Pour ma part, je crois que la foi se vit à chaque instant de joie, de bonne humeur et d’amour que nous partageons avec les autres, c’est pourquoi j’accorde plus d’importance à un fou rire partagé qu’à une messe forcée. Au début de l’année, nous avons passé une semaine ensemble à Taizé. C’est un séjour que nous avons trouvé très fort, tant par son coté spirituel que religieux. Par son caractère oecuménique, il permet de découvrir une pratique de la religion extrêmement différente, mais d’autant plus intéressante, et attire des gens du monde entier. Une fois armés d’ouverture d’esprit et… d’un dictionnaire d’anglais, on peut y faire des rencontres très enrichissantes !  »


 

Guillemet-Azimut

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Un pas pour comprendre les autres et religions et apprendre le vivre-ensemble

 

Cécile, Juliette et Julie, compagnons dans l’équipe « Seven Heaven » de Val d’Erdre.

 

Seven Heaven et Samuel G

« Si les religions se rapprochent, on peut espérer un peu plus de paix, rendre ce monde un peu meilleur ! » affirme Cécile, compagnon premier temps à Nantes. Les trois filles de l’équipe Seven Heaven ont été touchées, lors d’un colloque, par le message de Coexister, le mouvement interreligieux des jeunes. C’est là qu’est née l’idée d’une plate-forme Coexister inter-scouts. «Ce qu’on veut, c’est permettre aux scouts et guides de différents mouvements d’échanger sur leur foi, leur culture, leur manière de vivre le scoutisme. Nous avons été interpellées par notre insigne ‘Scoutisme Français’, que nous connaissons finalement assez mal. Samuel, le président de l’association, nous a expliqué tout ce que le scoutisme a apporté à Coexister. Il nous a vraiment tendu une perche», ajoute-elle. Julie, de son côté, évoque les tueries dramatiques de Toulouse. 

« C’est alors qu’est apparue la nécessité de l’association, pour comprendre la différence, même sur des sujets plus intimes comme la spiritualité». Juliette renchérit : «Ce projet me touche énormément dans ma vie personnelle. On entend tellement parler des problèmes liés aux religions! Ces plates-formes me semblent un pas pour comprendre les autres religions et apprendre le vivre ensemble. ». Agir en faveur de la coexistence, c’est aussi accepter de s’interroger sur sa propre foi et l’affermir, déclare-t-elle. Cécile va plus loin encore: «L’Église se veut tolérante et ouverte, et pourtant, parfois, on a du mal à le voir. Notre engagement nous fait vivre concrètement ces valeurs, j’y trouve un équilibre entre ce en quoi je crois et ce que je vis et apprends à travers le scoutisme. »

La lumière du partenaire

Affiche_LdB_2012.inddLa lumière de Bethléem approche. Temps spi dans l’intimité du groupe local ou grande célébration, chacun a déjà pu vivre cette démarche. Cette année se distingue: les compagnons, vous en êtes responsables. Pourquoi ne pas en profiter pour mettre en valeur un élément essentiel de vos années vertes: votre partenaire? La Lumière de Bethléem vous invite à semer la paix. En quoi votre partenaire, et votre action avec lui, sont-ils ferment de paix? En quoi cela révèle-t-il quelque chose du visage du Christ? Engagez donc le partenaire de votre prochain expériment dans cette opération : dites-lui quel sens a votre expériment dans cette démarche de foi ; envoyez-lui la lumière, qu’il soit loin ou proche! Vos expériments et votre partenaire peuvent être révélateurs de foi. Si ce ne sont pas les compagnons qui en témoignent, alors qui?

Antoine Pauvarel, chargé de mission Burkina Faso

 

 

LEZINFINITIFS

Couper

Les lumières de la ville se reflètent sur la fenêtre du bus. Beaucoup de rouge, c’est bientôt Noël. En route pour rejoindre le reste de l’équipe, Hugo s’ennuie... ou plutôt il rêve. Il aurait bien des choses à faire pour rentabiliser ce temps : envoyer quelques SMS, écouter la dernière chanson à la mode, lire le compte-rendu de la rencontre avec le partenaire de leur expériment… Pourtant, non, au chaud et les yeux perdus dans les scintillements, son esprit est ailleurs. Plein d’idées flottent dans sa tête, certaines qu’il reprendra peut-être, d’autres qui l’effleurent simplement et s’en vont plus loin. Il imagine d’ailleurs que pour le prochain week-end d’équipe, ils pourraient couper un peu. Couper des écrans, de la musique, des sonneries et juste se retrouver autour d’un feu. Juste pour voir…

Amélie Teisserenc

Faire communauté dans le groupe
Choisir l'expériment
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