En route pour la citoyenneté

Nourrir une ambition commune, s’engager à l’échelle locale, européenne ou internationale… La vie d’équipe offre l’occasion d’éprouver le vivre ensemble, l’échange et la confrontation d’opinions. Un lieu idéal pour expérimenter la citoyenneté ?

 

Rédacteurs : Elise Couchoux, Marine Doucet, Benoît Lalire

 

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N°37 - Mai 2014

Un café et une part de brioche, réconfort nécessaire après un long après-midi au service d’une petite association alimentaire de la ville. Vider les véhicules, transporter et trier les cartons et finalement vendre à prix symbolique des victuailles à ces familles en grande précarité, la prise de conscience de cette réalité nous avait tous retournés. Comment, aussi proches de nous, au XXIe siècle, pouvait-il exister des gens dans une telle situation ? De fil en aiguille, la politique était venue sur le tapis, un sujet récurrent depuis que nous avions tous passé le cap de la majorité. Après plusieurs années de scoutisme, à partager des expériences, des engagements et des projets, nous nous étions découverts très différents sur de nombreux points. Et, cette année, l’occasion nous serait donnée de voter pour la première fois. Pour Sébastien, les choses semblaient pliées d’avance. Il n’irait pas. Point. Le débat s’anima d’un seul coup, chacun se sentant renvoyé à ses propres convictions. Finalement, c’est vrai, pour qui – et surtout pourquoi – allions-nous voter ?

- Mais tu te rends compte que des gens se battent encore aujourd’hui pour ce droit ? lui lança Lucie.

 

.Il y a des pays où c’est encore impossible de s’exprimer ! Si tu ne votes pas, en quoi seras-tu crédible pour défendre tes opinions par la suite? Tu irais manifester alors que tu as choisi de ne pas t’exprimer ? Il fallait choisir avant ! Sébastien reprit :

- Antoine, tu es allé défiler contre une théorie qui pour moi est fantaisiste. Julie, tu colles des affiches pour le parti d’un homme qui pour moi n’est qu’un râleur démagogue. Pourtant, je suis convaincu que vous souhaitez le meilleur pour le monde. Comme moi. Si voter c’est donner ma voix à quelqu’un en qui je n’ai pas vraiment confiance. Si j’ai le sentiment qu’au fond mon avis est méprisé ou instrumentalisé, alors je préfère le garder pour moi.

- Sois pas parano, le monde n’est pas idéal, c’est vrai mais quand même osa timidement Flora, jusque-là en retrait de la conversation. Sans faire preuve de naïveté, moi j’estime que voter est le premier acte concret et réfléchi qui marque mon engagement, et l’intérêt que je porte au monde autour de moi.

Je ne prétends pas que mon avis soit le meilleur, le plus éclairé ou le seul valable. Et je ne m’illusionne pas : les élus ne pourront pas changer le monde tout seuls ! Mettre un bulletin dans l’urne n’a pas de pouvoirs magiques et il faut aussi s’engager concrètement. Mais puisque j’ai ce droit de donner mon avis, je le fais. La politique, plus que tout autre sujet, éprouvait le respect des idées de chacun dans l’équipe. Personne ne souhaitait ni imposer son avis ni mépriser celui des autres. Nous partagions une ambition, seuls les moyens d'y parvenir changeaient. Alors Lucie reprit la parole et proposa que nous votions le nouvel expériment court pour continuer de changer le monde.

- Si tu veux bien participer, précisa-t-elle avec un sourire malicieux à l'attention de Sébastien.

 

Nicolas Debandt

Accompagnateur Compagnons­


 

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Cet expériment au rwanda nous a tous questionnés sur les relations entre les associations de la vie civile et la politique

 

Marion, Laure, Bosco et Thierry, anciens compagnons du groupe St Vincent de Paul à Paris

 

 

« Venez vite ! Venez vite ! Ils sont là ! » 18h passé, Sonia* jaillit dans le salon du local de notre association partenaire. Nous sommes en août, en plein cagnard, plongés dans le rassemblement national d’une grande association et au coeur de la campagne présidentielle du Rwanda. Paul Kagamé, le président sortant, a décidé de se représenter après dix ans au pouvoir et ses partisans ne chôment pas. Invités par les responsables de l’association, ils viennent d’arriver sur le lieu. Dans le contexte rwandais, les acteurs de la société civile ont parfois intérêt à afficher leur soutien au gouvernement pour continuer à exister. Les jeunes mettent aussitôt fin aux jeux et aux chants qui rythment la vie du camp depuis trois jours et forment en un clin d’oeil le plus parfait des carrés. Nous assistons alors tous les quatre, ébahis, à une bonne heure de discours très engagé en faveur du président, relayés ensuite par les responsables de l’association. Cet épisode nous a beaucoup questionnés sur la relation qui existe entre les associations de la société civile et la politique dans de nombreux pays du monde, et plus largement sur la nature du régime du pays. 

Nous en avons beaucoup parlé entre nous et avons pu en discuter avec quelques-uns de nos amis rwandais. La majorité d’entre eux se disait globalement favorable au président. L’un d’entre eux nous a expliqué que selon lui, le pays n’avait pas encore de conscience démocratique assez forte. Que les pays européens, eux, seraient plus avancés et plus expérimentés dans la construction d’un ordre politique démocratique. Il se demandait si, au fond, il ne valait pas mieux, pour le bien du pays, avoir un «bon dictateur » plutôt qu’une situation politique constamment instable. Nous nous sentions plutôt mal placés pour répondre, ne maîtrisant pas toute la complexité de la situation du pays. Ces réflexions, glanées au cours de notre voyage, nous ont permis de remettre en question beaucoup de choses qui nous paraissaient, avant notre expériment, totalement normales et banales. Finalement, une expérience politique et scoute décalée et enrichissante ! »


 

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Nous avons effectué une semaine d’animation dans un camp rom

 

Héloïse et Colin, équipe des Kijani’s, Compagnons 1er temps à Antony

 

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« Lors du week-end territorial de rentrée en 2013, nous avons rencontré le Secours catholique et avons décidé d’agir avec eux. Ce partenaire proposait une semaine d’animation dans un camp rom à Triel-sur- Seine (Yvelines), à une heure de chez nous. Une première rencontre avec la communauté lors d’une soirée repas et spectacle nous a permis de découvrir le lieu et de faire connaissance avec les familles, entre quelques délicieuses spécialités culinaires roumaines. Un moment important aussi pour cerner les besoins et préparer nos animations de l’été à venir. En juillet, nous avons réalisé une semaine d’animations sur ce camp. Nous logions dans un local paroissial à 3 km et passions toutes nos journées avec les enfants. Alternant activités manuelles, physiques, et pauses goûter, nous avons appris à mieux les connaître.

Les aînés ont un rôle important vis-à-vis des plus jeunes et chaque enfant porte une attention permanente aux autres. Il arrivait régulièrement que deux d’entre eux quittent le terrain de jeu pour aller chercher de l’eau pour les vingt autres restés jouer. Ceux qui parlaient français nous aidaient en expliquant les jeux aux autres et nous avons beaucoup ri avec eux. La barrière de la langue fut vite franchie, mais passer la frontière de la différence ne fut pas aisé. À la fin de la semaine, quelle tristesse de les quitter ! Nous voulions simplement aider à améliorer le quotidien localement, mais nous avons été très marqués par ce qu’ont pu nous apporter les enfants. »


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Le scoutisme, école de démocratie

 

 

Yannick Rémi, équipe pilote Agora 2014 avec Adèle, Territoire Saône-au-Léman; Claire, Territoire Lille-Flandre; Achlet, Territoire Midi-Pyrénées Sud.

 

« On a pris des décisions qui auront un impact sur le scoutisme, c’est juste fabuleux », témoigne Achlet au lendemain de l’Agora des compagnons, en février dernier. Ce rassemblement des représentants élus dans chaque territoire a permis de débattre des retours de la thématique de l’année : «Toi, jeune et citoyen européen». Plusieurs intervenants sont venus témoigner de leur engagement de jeune européen. Alexandre a expliqué sa vision d’une Europe fédérale, Guillemette a présenté sa mission au sein d’un institut à Bruxelles qui encourage la coopération culturelle internationale. Adèle prend conscience de la portée de l’événement : « L’Agora nous a permis de vivre autrement la branche Compagnons, cette fois-ci à l’échelle nationale ». L’occasion de débattre et d’élire les deux représentants pour l’Agora européenne* . Le fonds de solidarité internationale a été alloué aux projets sélectionnés par les compagnons. Il permet de soutenir financièrement les branches aînées des associations de scoutisme d’autres pays du monde.

Achlet n’en revient pas : « Je n’aurais jamais cru qu’en tant que compa, on pouvait prendre des décisions de cette envergure, je pensai que ça se prenait plus haut ». Cinq projets ont été choisis selon l’urgence, l’intérêt et le montant demandé. «On contribue à ce que le scoutisme soit vécu dans le monde», dit-elle, encore émue. Enfin, après un temps d’enrichissement mené autour de la refonte des formations « Départ à l’étranger » (FDE), les compagnons ont pu voter la thématique 2014-2015 pour la branche : «La rencontre interculturelle : aujourd’hui, demain, en Europe et ailleurs. »

* Lieu de débat, de formation, de partage des branches aînées en Europe. C’est un événement organisé par des membres des branches aînées et ouvert à 2 représentants des branches aînées de chaque association membre de l’organisation mondiale du mouvement scout en Europe. L’agora européenne 2014 a eu lieu à Strasbourg sur le thème « Participation + » en vue de porter la participation des jeunes à un nouveau niveau. »

Compa et citoyen

Être compa et citoyen, c’est aussi porter la voix des compagnons dans le mouvement ! Les 31 mai et 1er juin 2014 aura lieu l’assemblée générale annuelle de notre association. C’est un lieu de la vie démocratique : le règlement prévoit la participation de « représentants des scouts et guides majeurs, à raison de deux par territoire », c’est-à-dire des compagnons! Ils y ont, au même titre que d’autres représentants, une voix délibérative: en plus de participer aux échanges, ils disposent d’un droit de vote pour les résolutions finales. C’est l’occasion de rencontrer près de 120 compagnons et jusqu’à 800 autres représentants qui s’y rendent, pour échanger, débattre, comprendre des thèmes importants pour le mouvement et élire les membres du conseil d’administration. Pour participer, il suffit d’avoir été élu lors du Forum Compagnons en territoire ou de contacter ses délégués territoriaux pour en savoir plus. Un conseil pour ne pas arriver en touriste : jeter un oeil aux différents documents reçus car les décisions prises engagent les 70 000 adhérents !

Antoine Pauvarel

LEZINFINITIFS

Écouter

Écoute, écoute, surtout ne fais pas de bruit. Tu n’entendras jamais mieux ton corps et ton coeur que lorsque tu seras entièrement muet. Le silence est à l’attention ce que le bruit est à la gêne. L’écoute c’est le recueillement, le silence et l’attention. C’est un oiseau rare qui s’attrape difficilement. Il faut préparer son écoute, et savoir la recevoir. Chaque instant peut précipiter dans la tourmente du quotidien, mais tu peux choisir de prendre le temps. Écouter, ce n’est pas entendre. C’est à la fois contempler la beauté du monde, du printemps, mais c’est aussi saisir une pensée heureuse. À toi d’en faire un trésor que tu enrichis de jour en jour.

Vianney Furon
Le partage des responsabilités dans l'équipe
En équipe mixte à l'étranger
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