du projet d’équipe à l’engagement personnel

Le troisième temps est une période de transition pour les compas, qui s’achève avec l’envoi. Il leur est d’abord proposé d’évaluer, de relire, de témoigner et de fêter leur expériment long. Puis, s’ils le souhaitent, de vivre une dernière expérience, seul ou en équipe, en cohérence avec leur projet personnel.

 

Rédacteurs : Elise Couchoux, Benoît Lalire

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N°38 - Septembre 2014

 

Je bouillais. La frustration s’emparait de moi tandis que j’écoutais Violaine parler. C’était notre première soirée depuis notre retour de Thaïlande et, passée l’allégresse de nous retrouver et d’échanger les photos, nous en étions venus à parler de l’année à venir. Et de cette maîtrise Louveteaux- Jeannettes que nous voulions monter ensemble. Un projet depuis longtemps! Mais plus d’actualité pour Violaine, apparemment.

- J’en reviens pas que tu nous lâches maintenant ! m’exclamais-je. Pas après ce qu’on a vécu, pas après ce qu’on a rêvé de faire ensemble!

Jean, Charlène et Adrien partagèrent mon avis par une exclamation ou un signe de tête. Dans toute l’équipe, la déception était forte. L’ex-équipe plutôt, car sa décision la détruisait.

- Ne t’énerve pas. Ma décision est prise de toute façon. Son calme me mettait hors de moi.

Comment pouvait-elle nier ainsi tout ce que nous avions vécu? Tous ces projets, toutes ces années de scoutisme et d’amitié?

- Tu te rends bien compte qu’à trois, on va avoir plus de difficulté pour gérer cette unité? Il y a bien vingt-cinq enfants. Les responsables de groupe comptent sur nous.

- Eh bien, ils devront comprendre eux aussi. Mais d’abord c’est à vous que j’aimerais expliquer et ce n’est pas la peine de chercher à me faire culpabiliser. Vous avez l’air de me reprocher de vous abandonner. De me reprocher mon égoïsme.

Il y eut quelques moues d’appréciation, mais personne ne la coupa.

- Cet expériment à l’autre bout du monde nous a tous touchés. Il nous a interpellés, il nous a fait grandir, il a questionné notre représentation du monde et il nous a projetés dans le futur. Eh bien, pour ma troisième année compa, j’ai fait le choix de m’engager à la Croix- Rouge pour un volontariat en service civique. Je veux être utile pour les plus démunis et je travaillerai notamment tous les week-ends.

C’est ma manière d’être utile à d’autres. Alors oui,

je sais, c’est passer d’un engagement d’équipe à un engagement personnel, mais je pense que vous pouvez le comprendre. Il y eut un silence réflexif. Sa tirade nous faisait tout à coup prendre conscience de la puérilité de notre attitude et de la maturité dont Violaine était habitée.

- C’est l’affaire d’un an, poursuivit- elle. Après, nous reparlerons de cette maîtrise!

- Une année entière à mettre tes études de côté, tes parents en pensent quoi? demanda Adrien.

- Au départ, ils n’étaient pas très chauds et ils ont finalement compris que cet engagement est nécessaire à mon épanouissement. Ça me fait découvrir d’autres réalités et d’autres personnes. Ça me rend heureuse et c’est ça le plus important.

Nicolas Debandt

Equipier national Développement


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J’ai décidé de m’engager pour accompagner les jeunes de l’aumônerie à Taizé

 

Marine, Compagnon 3e temps, Toulouse

 

 

« En mars dernier, je suis partie à Taizé pour accompagner un groupe de jeunes de l’aumônerie. Étant intéressée par la relation avec les jeunes, j’ai décidé de m’y engager pour faire de l’animation dans un autre cadre que celui des scouts. Mon expérience compagnon m’a aidée dans mon investissement dans ce pèlerinage. J’ai appris à m’organiser, à me projeter, ce qui me permet une réflexion en amont des projets pédagogiques. L’année dernière, nous avions réalisé notre expériment au Brésil auprès d’enfants des favelas et auprès de personnes handicapées.

 

Cela m’a permis de devenir autonome, de prendre conscience de mes responsabilités, d’être curieuse dans mon propre pays et de retranscrire les valeurs du scoutisme dans le monde qui nous entoure. Nous avons été accompagnés par un couple qui était très organisé et positif. Ils sont devenus des exemples pour moi. Dans un expériment, on s’engage pour soi, mais aussi auprès des autres et de son équipe. Avec ce séjour à Taizé, j’ai vécu autrement ma foi et mon engagement. Et j’ai pu en témoigner au sein même de mon équipe ! »


 

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Ils ont réalisé une exposition sous forme de cartes et de carnets de voyage

 

Manuel, responsable de groupe, Bordeaux

 

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« Une équipe de quatre compas vient de terminer son parcours dans le groupe. Lors de leur 1er temps, ils ont vécu un expériment à Calais avec le Secours catholique pour partenaire. Ils y ont découvert l’univers des migrants. Pour leur second temps, ils ont décidé de partir au Sénégal et ont réalisé leur expériment au « Point d’accueil pour les réfugiés et immigrés » de Dakar. Le troisième temps a été l’occasion pour eux d’une première restitution au groupe et aux partenaires. Mais ils ont voulu faire autre chose, aller plus loin. Ils ont réalisé une exposition retraçant quatre chemins.

Chaque chemin décrit le parcours des migrants qu’ils ont pu rencontrer. Ils ont réalisé cette exposition sous forme de cartes, de carnets manuscrits, ou de carnets de voyage à la façon «Titouan Lamazou». L’occasion pour chacune et chacun d’entre eux d’exprimer son ressenti et ce qui l’a marqué. Pour le groupe, ça a été un moment fort de « vie compas » et une année pleine pour l’équipe. Deux d’entre eux étaient également en maîtrise cette année, un troisième était présent en renfort sur le camp Pionniers-Caravelles. »

 

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Le parcours compagnon a marqué leur construction personnelle

 

« J’ai trouvé que le 3e temps a été un moment un peu flou et pas forcément confortable. La relecture a permis de laisser mûrir les choses entre eux. Cependant je me suis aperçue que leur expériment long les avait vraiment changés. Pour moi c’est une évidence que le parcours Compagnons a marqué leur construction personnelle. Que ce soit dans la manière de se situer par rapport à la société, de poser des valeurs importantes pour eux, de faire des choix ou de s’engager. À un moment, un de nos garçons a eu un coup de mou dans ses études. Il avait besoin d’en parler et s’est tourné vers ses accompagnateurs Compagnons. On a trouvé que c’était bien car c’est un âge où on a besoin de se construire en dehors de ses parents. C’est précieux d’avoir quelqu’un d’extérieur à cet âge-là. À la fin de leur parcours, ils se sont engagés comme chefs dans le groupe. »

Sophie, maman de compagnons 3e temps, Lyon

 

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Leur 3e temps fut celui de la restitution

 

« J’ai accompagné une équipe pendant 3 ans. Quand on m’a proposé de prendre la mission, je n’avais pas l’idée de ce que je pouvais faire et de ce que j’allais apporter. La formation a permis d’y voir clair, mais j’ai découvert que ce sont les compas qui font les accompagnateurs compagnons (AC). Il faut les écouter, comprendre leurs attentes et partir de ce qu’ils sont, eux. À partir de là, ils peuvent bâtir un projet qui peut tenir. L’équipe que j’ai accompagnée s’est constituée lors de leur premier temps puis elle est partie au Burkina Faso pour un expériment éducation et enfance. Leur troisième temps a été celui de l’assimilation, de la restitution. Les choses se vivent au fur et à mesure pour chacun. Ils sont partis dans des directions différentes, certains en Allemagne ou à Paris. Il n’y a pas eu de cérémonie d’envoi, mais une des équipières a adressé un mot à tous pour leur annoncer ce qui l’avait marquée dans son parcours et son choix de s’engager dans le mouvement. Je trouve la mission d’AC magnifique car il n’y a pas plus beau dans une relation avec de jeunes adultes que de les accompagner à s’accomplir »

Daniel, accompagnateur Compagnons, Landerneau

 

Le Yabboq

yabboqNon, ce n’est pas une faute de frappe! Ce n’est pas du yaourt non plus. Yabboq. C’est une étape à passer, comme on franchit un ruisseau. Le Yabboq, c’est la rivière où Jacob lutte devant Dieu puis y reçoit sa bénédiction. C’est une démarche que les compas sont invités à vivre après un expériment. En prenant le temps de la marche, de l’écoute de soi et de chaque membre de l’équipe. En regardant derrière pour mieux voir devant. Marcher seul permet aux souvenirs de remonter. Marcher à deux libère la parole. S’arrêter en équipe donne un nouvel élan : pour l’année qui vient, la rentrée, ou un autre temps compagnon… À vivre pour soi, à vivre pour l’équipe, à vivre absolument !

Antoine Pauvarel

LEZINFINITIFS

Rencontrer

L’été est l’occasion idéale pour larguer les amarres. Alors, le stylo plume se transforme en sac à dos et le décor redevient naturel. Pas besoin de partir sous les tropiques pour voir des paysages colorés. Bien au contraire. La foi d’une âme de 20 ans pousse au voyage, mais la sagesse d’un ancien invite aussi au départ. C’est toujours l’ailleurs qui fait rayonner le chez-soi. Le dehors qui illumine le dedans. Ce n’est pas l’inverse. Pourquoi revenir avec des souvenirs tangibles alors que tout est dans la tête ? Simplement pour éclairer sa maison. L’aventure est belle parce qu’elle est parsemée de rencontres. Rien n’est plus universel qu’un regard bienveillant. Est, sud, ouest ou autre, chaque lieu se dirige vers un autre, et toutes les flèches invitent à la rencontre. 

Vianney Furon

Vivre l'interculturel !
Le partage des responsabilités dans l'équipe
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