Compas ? Franchir le pas !

Ça y est, vous pouvez devenir compagnon ! Expérimenter sans adulte et en équipe la responsabilité, mener ensemble un projet en toute autonomie, servir et rencontrer en France ou à l’étranger… Toute cette liberté, c’est grisant, mais aussi un peu déroutant !

 

Rédacteurs : Amélie Dusollier, Antoine Pauvarel

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N°34 - septembre 2013

 

Thomas, Astrid, Camille et moi, installés dans la Creuse aux quatre coins d’un champ de blé tout juste moissonné, prenions individuellement un moment, en tête à tête avec nous-mêmes.

Le temps d’une pause. La troisième source se clôturait, et avec elle notre dernier camp en chemise rouge. Instant privilégié dans ces trois semaines déjà hors du temps et de l’espace de nos quotidiens. Loin du lycée, loin de l’angoisse d’un bac approchant, loin des sollicitations d’un monde connecté, loin de la pression parentale...

Un temps pour moi. Un temps pour l’avenir. J’entrevoyais petit à petit la route vers les compagnons. Elle se dessinait, de plus en plus nette, de plus en plus claire. Vers des destinations incroyables et des rencontres inoubliables. En toute liberté, en toute indépendance. Mais elle apportait également son lot de questions et d’incertitudes. Et j’avais du mal à en identifier la cause.

Du mal à me l’avouer. Ce n’était pas la crainte de l’inconnu, ni celle de l’aventure vers l’étranger qui m’angoissaient. Ce n’était pas non plus l’équipe, car, malgré nos différends, nous savions nous faire confiance. C’était plus profond. En quittant les pionniers, je quitterai un cocon confortable entretenu par les adultes qui m’accompagnaient. Je ne désirais pas autre chose que de sortir de cette chrysalide, mais étais-je prêt pour l’autonomie qui m’attendait ?

«Bien sûr !», me serais-je dit il y a quelque temps. Vivre un camp sans chef, n’obéissant qu’à nous-mêmes, quoi de mieux ?! Mais une fois retourné à ma routine, à mes amis, à mes soirées, à mes révisions et à ma copine, aurais-je la discipline nécessaire pour vivre mon engagement de compagnon? Pour m’imposer des règles? Pour construire et vivre réellement un projet et ne pas succomber à des veillées trop souvent improvisées, bâclées ou alcoolisées…?

Je me trouvais à cette croisée des chemins entre mes envies, mes rêves, mes priorités et mes engagements. À l’orée de choix d’adulte. Les compagnons avaient sur moi cet effet paradoxal. Ils mettaient en avant cette limite franche entre l’adolescent et l’adulte. La liberté, mais à quel prix? Ne serait-il pas plus simple de tout arrêter? Et si, dans un an, comme je l’espérais, j’allais en prépa? Mais ce magma confus ne taisait pas le feu qui me tortillait les tripes. Je ressentais le besoin de découvrir, de rencontrer et d’être utile. Le besoin d’appartenir au monde. Vivre, c’est risquer, dit-on. Désormais, je suis prêt à vivre.

Nicolas Debandt

Chargé de mission au centre de ressources Ile-de-France


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Sans le soutien de nos responsables de groupe, on aurait laissé tomber notre rêve

 

Nicolas L’Hoste, chef scouts-guides à Châtelaudren

 

 

«  Nous, on avait envie d’être chefs et compas en même temps. Nos responsables de groupe nous ont aidés à trouver un compromis: cette année, on serait assistants chefs et cheftaines mais compas avant tout. Si d’aventure des sorties étaient programmées au même moment, on ne se poserait pas la question : on irait aux réunions compas. Ce fonctionnement nous a permis de mener à bien nos projets compagnons.

Sans ce soutien, c’est sûr, nous serions allés vers la facilité qui était alors d’être uniquement chefs, plutôt que de mener un projet autonome. Pourtant, depuis qu’on était louveteaux, on voulait mener des projets compas, et partir à l’étranger. Sans nos responsables de groupe, on aurait laissé tomber un rêve, quelque chose qu’on voulait vivre depuis plusieurs années. »


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Transmettre cette envie de vivre une expérience unique

 

 

Titouan Le Falher, compagnon marin Jacques Cassard

 

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« À Vis Tes Rêves, on nous a proposé de rencontrer des pionniers et caravelles pour leur donner envie de devenir compagnons. J’ai sauté sur l’occasion : lors de rassemblements et de stages, j’avais découvert que dans certains groupes, ce n’est pas du tout automatique de devenir compa ! Je voulais transmettre cette envie de vivre une expérience unique. Les pionniers et caravelles étaient par groupe de deux ou trois. Je leur ai raconté mon expérience depuis un an : comment nous avons fait équipe, les premières réunions, et surtout le premier expériment en autonomie, avec l’association Un brin de Causette, à la rencontre des sans-abri.

Je voulais leur dire mille choses, mais le plus important, c’était qu’ils retiennent cela : être compagnon, c’est cette aventure un peu folle et très belle qui nous permet de vivre des projets de service et des rencontres, en France et à l’autre bout du monde, mais ensemble, en équipe. Une occasion pareille, on ne l’a qu’une fois : j’espère qu’aucun d’entre eux ne l’aura manquée! »


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les compas, ça améliorait ma semaine !

 

 

Marine Beaumanoir, ancienne compagnon de Montmorency

 

« Je suis entrée en prépa en même temps que chez les compagnons. Dans ma classe, il y avait une grosse ambiance de travail : tout le monde voulait réussir, et peu de liens se nouaient entre les étudiants. Malgré le boulot, j’ai fait le choix de devenir compa. Je ne regrette pas. Heureusement même qu’il y avait les compas : cela améliorait ma semaine. Honnêtement, je ne pense pas que mes notes auraient été meilleures, ni que j’aurais été plus investie dans mes études sans les compagnons, bien au contraire !

C’est vrai que, par rapport au reste de l’équipe je me sentais moins disponible. Mais j’ai pu compenser à la fin de l’année avec beaucoup d’extra jobs car dès avril, je n’avais plus cours. Je crois que ces difficultés ont été finalement un atout pour l’année suivante car elles nous ont poussés à trouver des solutions pour fonctionner efficacement. »

Des fiches pour se lancer

Quand les pionniers et les caravelles deviennent compagnons, ils ne sont pas seuls concernés par la démarche ! Leurs responsables de groupe et accompagnateurs compagnons sont également parties prenantes. Alors dès la rentrée, pour chacun, comment comprendre son rôle ? Trouver sa place ? Faire équipe ? Un comité composé de compagnons et d’accompagnateurs pédagogiques s’est penché sur ces questions pour concocter des fiches pratiques. Celles-ci visent à accompagner l’équipe et ceux qui l’entourent dans la dynamique de lancement de la vie compagnon. Il est possible de s’en servir dès la première réunion pour poser les bases de l’équipe et lui définir un cadre. Ces fiches sont téléchargeables sur «Doc en stock » (Rubrique Chefs et Cadres du site www.sgdf.fr).

Antoine Pauvarel

Chargé de mission Burkina Faso

 

LEZINFINITIFS

Monter

Deux par deux, j’avale les marches pour rentrer chez moi. Chez moi ! J’ai mes clefs, je rentre à l’heure qui me va. Je me sens grande. Ce doit être ça, être responsable ! Je suis à la barre de ma vie, et c’est un peu grisant. Je tourne la clef dans la serrure, alors que mes jambes me remercient de ne pas habiter un étage plus haut. Le clic-clac en kit m’attend dans son carton, adossé à la table basse. J’ai une heure avant ma réunion. Juste le temps d’en venir à bout. Je sors la notice avec le marteau et le tournevis que Papa m’a donnés. Il ne faudra pas que j’oublie de prendre mes deux chemises en partant. La rouge, et la verte. La rouge, je la garderai toujours ! Mais j’aime déjà trop la verte ! Je vais être fière tout à l’heure quand les Saragozzi vont nous accueillir, tous les cinq en vert. Eh, mais si on doit dire un truc ? Eh bien, on dira notre slogan d’équipe: « Nos rêves sont nos projets »

A. D.

En marche avec sa foi
quand l'expression prend tout son sens
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