Vivre l’interculturel !

Cette année, on expérimente la rencontre interculturelle ! à l’initiative des compagnons eux-mêmes, la thématique "vivre la rencontre interculturelle" a été choisie pour la branche puis enrichie lors de l’Agora à Marseille. Au cours d’un expériment court en France ou lors d’un expériment long à l’étranger, il existe bien des manières de vivre en équipe une rencontre qui ne laissera pas indifférent.

 

Rédacteurs : Mathieu Courdier, Marine Doucet, Benoît Lalire

Illustration : Capucine Muller

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N°39 - Novembre 2014

Elle avait dans le regard une lueur que je ne connaissais pas. Une lueur d’ailleurs et d’autrefois, chargée d’une histoire que je ne pouvais qu’entrevoir. Et celle-ci m’échappait inéluctablement dès que la jeune femme tentait de mettre des mots dessus. Malgré quelques articles lus ici et là, malgré la sensibilisation de la Cimade, je confrontais des connaissances théoriques, presque virtuelles, à la réalité de chair et de souffrance de ces quelques clandestins de Calais. C’était à la limite de mon entendement. Et au-delà de sa peau cicatrisée et couturée, au-delà de son corps fatigué et amaigri, cette Érythréenne, à peine plus âgée que moi, conservait une fierté que les épreuves n’avaient pas réussi à lui retirer. C’était le premier après-midi de notre expériment et toute l’équipe était là. Chacun discutait ici et là. L’anglais des réfugiés n’était ni pire ni meilleur que le nôtre, mais les accents de chacun rendaient la communication souvent difficile. Parfois des mots d’autres langues surgissaient dans nos phrases. 

 

Léa, elle, s’en sortait à merveille, rajoutant ici et là quelques mots d’espagnol ou de français dans son charabia. C’était suffisant. Elle rigolait avec cet homme comme s’il n’y avait pas de barrière entre eux. Leurs différences s’estompaient-elles ? Ou parvenaient-ils à passer par-dessus ? Je n’y arrivais pas, je n’avais pas leur aisance. Trop d’interrogations perturbaient ce moment. Qu’est-ce que nous faisions là ? Qu’est-ce que je pouvais bien faire pour cette fille ? De quel droit m’immisçais-je dans son vécu ? Notre partenaire nous avait invités à profiter pleinement de ce premier temps d’échange. Se laisser bousculer, se laisser rencontrer, grandir chacun dans cet échange d’humanité. De beaux mots ! Je ne voyais en elle qu’une vie brisée et à travers ses yeux j’imaginais ce qu’elle pensait de moi. J’étais sûrement une sorte de privilégiée. 

Après tout, je devais avoir sur moi plus d’objets de valeur qu’elle n’avait eu d’argent de toute sa vie. Comment lui en vouloir ?

AZ39-boussole-rencontre02Je ne sais pas si elle a perçu ma gêne, ou si elle cherchait elle aussi à passer par-dessus nos différences, mais elle tenta à nouveau de lier conversation.

- Your hair are beautiful.

- Euh… thank you, articulais-je. Yours too.

Quelques mots pour se découvrir. Elle partait de ce qui pouvait peut-être nous rassembler plutôt que de ce qui nous éloignait. Malgré sa situation précaire, c’était indéniablement elle la plus forte. Cette rencontre au-delà des cultures, malgré ses difficultés, était pour moi autant une occasion d’en apprendre sur elle que sur moi.

 

Nicolas Debandt

Accompagnateur Compagnons­


 

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Ces rencontres sont une partie de nous. Voyager dans d’autres pays pour faire de nouvelles rencontres, c’est le meilleur savoir qu’on puisse gagner

 

Julien, compagnon SGDF et Tamara, routière Macédonienne.

 

« Avec mon équipe compagnon nous avons participé cet été à une  des routes pilote du Roverway, au Mont-Saint-Michel. Nous souhaitions vivre une rencontre avec d’autres scouts. Et ce fut de fait l’occasion de très belles rencontres entre les différentes nationalités. Comparer nos façons de vivre le scoutisme pour voir ce qu’on pourrait améliorer, ce fut génial, surtout lorsque j’ai pris conscience que le scoutisme français est vraiment complet ! Les Allemands préfèrent les jeux assez violents,  et les Macédoniens excellent dans les jeux techniques, comme la scoutball, un mélange de rugby, hand et foot. Bref, ce fut une expérience super enrichissante. »

Julien

« En nous inscrivant, les organisateurs nous avaient dit que l’endroit où nous allions, ce n’était pas important, que ce qui devait nous intéresser c’était les gens avec qui nous serions. Finalement je me suis retrouvée au Mont-Saint-Michel avec des gens formidables, ce fut l’apothéose, et une grande réussite d’interculturalité ! Évidem-ment il y a eu quelques moins bonnes surprises, comme lorsqu’on nous a proposé des yaourts sucrés en dessert… Chez nous, ça ne se mange que comme accompagnement avec la viande ! Mais mon seul regret c’est de ne pas avoir parlé plus dans leur langue avec les Allemands alors que je l’apprends. J’ai beaucoup aimé partager des expériences avec des personnes de cultures différentes pour créer une aventure commune ! »

Tamara


 

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Notre expériment à bethléem et Jérusalem : rudement interculturel

 

Quentin et Côme, compagnons 2e temps à Valence

 

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« Après avoir réalisé un expériment court dans un quartier populaire de Valence, nous sommes partis vivre notre expériment long à Bethléem. Le lien entre les deux ? L’animation en contexte interculturel. La Crèche est un orphelinat dirigé par des religieuses qui accueillent une quarantaine d’enfants palestiniens. Les enfants parlaient tous arabe. Nos quelques rudiments ne nous permettaient pas d’échanger avec eux, mais plutôt de parler anglais avec les femmes en charge de l’éducation des enfants. Nous nous sommes rendu compte combien il est difficile d’aborder la question du conflit actuel. En revanche, les gens que nous croisions nous remerciaient en permanence d’être là. À Jérusalem, nous avons senti à quel point deux mondes s’opposent.

Il y a un mur physique, mais également un mur culturel. En entrant dans la ville, on se rend compte que l’esplanade des mosquées se trouve à quelques pas du mur des Lamentations et de l’Église du Saint Sépulcre, le tombeau du Christ. Malgré cette grande proximité, les gens ne font que se croiser et restent derrière ce mur culturel. On a eu la chance de rencontrer des scouts arabes catholiques, des Arabes musulmans ou chrétiens, des juifs français qui sont arrivés récemment et on a pris conscience à quel point le conflit actuel est complexe. On s’est sentis impuissants, avec l’impression que ce conflit n’avait pas de fin possible. »


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beaucoup de nos préjugés sont tombés

 

 

Marine, Chloé, Sophie et Guillemette, compagnons 1er temps à Grenoble

« Cet été, nous avons vécu un expériment avec la Fraternité Bernadette. Cette association implantée dans les quartiers nord de Marseille propose différentes activités  aux habitants de la cité des Lauriers : soutien scolaire, réalisation de travaux dans les immeubles, cuisine, danse, musique, camp d’été… Le matin nous étions en équipe, l’après-midi était consacré aux activités avec les habitants du quartier. Repeindre la façade d’un immeuble, c’est un bon prétexte pour échanger avec les habitants ! L’occasion de provoquer des rencontres et d’en apprendre un peu plus sur la vie des habitants.

Nous avons animé un camp pour 7 jeunes filles. Nous avions préparé les activités en nous inspirant de ce qu’on vit chez les scouts et en les immergeant dans le monde des pirates. Durant notre expériment, beaucoup de nos clichés sont tombés. Nous savions que la vie dans les cités était difficile et que la pauvreté était présente. Mais nous avons découvert que la cité c’est surtout un endroit plein de vie, de jeux, de rires, de partage… Entendre une petite voix nous dire “ merci pour tout ce que vous faites pour nous ” c’est fort, et cela nous motive plus que jamais pour notre 2e temps… »

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LEZINFINITIFS

Observer

Deux sens au verbe observer. On observe un règlement, on s’y applique. On observe une cascade, on s’y attarde. L’observation, un effort permanent. Un moyen de se rappeler sa condition d’homme. Pour une loi, ou pour un panorama, on se remet en cause, on bouge. On observe ses limites. Alors que l’observation, elle, n’a pas de limites. Infiniment petit, ou infiniment grand, le vertige s’installe dans tout ce qui se contemple. Observer, c’est prendre le temps, savoir apprécier. Le résultat, c’est de l’admiration,nou, a contrario, de la peur. Quelle que soit l’issue, observer amène toujours à la réflexion.

 

Vianney Furon
Un compa, c'est plein de promesses
du projet d'équipe à l'engagement personnel
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