Témoigner de son expériment

Témoigner, c’est raconter à ceux qui n’étaient pas là ce qu’on a vécu. En images. Mais aussi en évoquant les odeurs, les saveurs. En décrivant ceux qu’on a rencontrés ou ceux qu’on n’a fait que croiser. Ce que l’on a appris et ce que l’on veut transmettre. Un témoignage, ça peut changer la vie. C’est d’ailleurs comme ça que des compagnons sont devenus témoins… d’Emmaüs.

 

Rédacteurs : Vianney Furon, Mathieu Courdier, Solène Rigoulet

Illustration : Capucine Muller

J'ai rêvé d'un autre témoignage

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N°41 - Mai 2015

 

Les photos défilent. Chaque nouveau cliché, chaque nouveau commentaire de Mathieu sur ces visages ou ces paysages me replongent dans l’ambiance de ces trop courtes semaines au Burkina Faso. Parmi les deux mille photos que nous avons prises et les cinq heures de vidéo enregistrées, il a fallu faire un choix pour la rétrospective rituelle de l’été. Cela a été difficile, mais nous sommes enfin parvenus à faire un diaporama d’une dizaine de minutes, comme nous l’ont demandé nos responsables de groupe.

Nous avons hâte de partager cette expérience auprès des autres unités, des parents et de tout le groupe. Bien sûr, certains ne sont pas restés jusque-là. L’après-midi de rentrée touche à sa fin et les autres branches ont déjà fait leur retour sur leur camp. J’avoue avoir ressenti une pointe de déception quand une majorité de l’assemblée s’est levée après les photos du camp louveteaux. Il ne reste qu’un noyau dur.

Surtout des pionniers et des caravelles qui veulent rêver, des chefs qui nous soutiennent et nos parents qui veulent en savoir plus sur cette aventure. Ils nous ont reproché de ne pas en avoir assez raconté.

Mais je vois bien que nous ne parvenons pas à transmettre notre émotion, à témoigner de notre action. Ni sur sa portée pour le village ni sur le bouleversement qu’elle a suscité en nous. Les sourires figés de notre guide ne témoignent pas de son quotidien, du temps qu’il nous a consacré, des joies et des difficultés de sa vie. Et l’assurance de Clémentine à donner tel ou tel point de détail à chaque diapo qui défile dissimule parfaitement ses angoisses du moment.

La richesse de la rencontre interculturelle, l’intimité de notre vie d’équipe, l’adrénaline des décisions improvisées, l’émerveillement devant un lever de soleil, rien ne transparaît vraiment.

Il n’y a ici que l’assoupissement d’un confortable dimanche après-midi et les applaudissements d’une assemblée polie. Ce n’est pas ce que je voulais. Ce n’est pas le sens que je souhaite donner à ce projet. Je voulais transformer l’essai, voguer sur cette énergie et donner à cette expérience un sens aussi pour les autres. Dans mes mains, je tiens fermement le journal de ces semaines. Un témoignage brut qu’il faut que je réécrive. J’en éprouve le besoin. Mathieu conclut. Nous avons un échange de regards et il me laisse la parole : « Tout le monde dehors maintenant ! crié-je enjoué. Nous allons vous transmettre une danse qui nous a été apprise! Celle de la fête, de l’amitié et du bonheur d’être ensemble  ! »

 

Nicolas Debandt

Accompagnateur Compagnons­


 

 

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Les mots pour décrire notre expérience sont difficiles à trouver.

 

Margot Frick, compagnon 3e temps, Belfort

 

« Pour nous l’engagement, c’est la promesse. La promesse de faire notre maximum pour aller jusqu’au bout, la promesse de tout faire pour que chaque moment vécu pendant nos années Compagnons soit extraordinaire. C’est également la promesse de faire un projet utile, la promesse de ne pas être « les petits blancs qui veulent sauver le monde», la promesse de ne pas être scout qu’aux scouts. Dépasser les préjugés grâce à des valeurs universelles. On peut dire que pour l’instant, c’est plutôt un pari gagné ! Nous avons vécu des instants hors du temps. 

 

Lorsqu’on doutait de la réalisation de notre projet, on profitait quand même au maximum d’être tous ensemble. Le fait que le projet soit local faisait que nous nous sentions utiles. Finalement notre projet a bien eu lieu. Les mots pour décrire notre expérience sont difficiles à trouver. En somme, c’est tout ce que l’on espérait, tout ce que l’on s’était promis…»

Retrouve le témoignage de l'équipe ici


 

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Une rétrospective qui nous encore rapprochés les uns des autres

 

Claire Dinet, compagnon 3e temps, Besançon

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« Créer quelque chose de fort, en seulement un mois, avec un inconnu et de l’autre côté de la terre, ce n’est pas si facile ! Pourtant on a beaucoup échangé, parce que même à l’étranger le scoutisme c’est un partage de valeurs communes qui fait qu’on est un peu moins des inconnus. Les liens se créent plus vite. C’est pour ça que nous avons choisi de témoigner, pour revenir sur ce que nous avions vécu. Pendant notre rétrospective nous nous sommes encore rapprochés les uns des autres au sein de l’équipe, et ça nous a apporté beaucoup de joie. Le plaisir de transmettre, et de se rendre compte qu’on a grandi.

En rentrant, je m’étais posé la question: «Quelle image avons-nous donnée ? Que vont-ils retenir de notre passage?». Aujourd’hui j’ai transmis une vision des choses qui est la mienne, qui reflète mon vécu avec mes sentiments. Je pense que le plus important, ça a été l’échange permanent avec les mpiandalanas (compagnons de Madagascar), qui nous ont permis de comprendre le pays, les coutumes, la culture, notre environnement, de mettre du relief sur les moments forts. »


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Témoigner pour remercier tous ceux qui nous ont aidés nous a permis de clôturer en beauté notre projet

 

 

Éloïse et Élise, compagnons 3e temps, Mornant (Rhône-Ouest)

« L’été dernier, nous sommes partis au Burkina Faso. En partenariat avec un lycée, nous avons sensibilisé un large public à la reforestation. Au programme : jardin pédagogique, émission de radio, mais nous sommes également allés à la rencontre des habitants sur les marchés. Le témoignage, on en parlait avant le départ. Il a pris tout son sens quand nous sommes rentrés en France : notre groupe, nos familles et nos amis nous posaient tant de questions : ils voulaient tout savoir, qui on a rencontré, qu’est-ce qu’on a mangé, voir les photos, etc. Très vite nous avons compris que ce témoignage, c’était avant tout pour remercier toutes les personnes qui se sont impliquées de près ou de loin dans notre projet. Le soir de notre retour, c’était formidable, nos familles, nos amis, notre groupe, nos AC et AP, et nos financeurs étaient présents

Ces derniers ont pu voir où était allé l’argent qu’ils nous avaient donné pour nous aider à partir. Et ils étaient fiers d’être présents pour participer une dernière fois à notre projet. Quand on racontait à nos familles, elles ne comprenaient pas toujours tout. Au cours de cette soirée, nous avons raconté tout le projet. Tout le monde a alors réellement compris ce que l’on a vécu. Nous avions organisé un repas burkinabé, ce fut l’occasion pour tous ceux qui se sont mobilisés dans notre projet de découvrir un peu du pays où nous sommes partis. Le témoignage nous a permis de voir comment nous avons progressé tout au long de ces années. C’est un projet qui nous a fait grandir. Nous sommes tous étudiants. Et nous sommes tellement fiers de notre projet, que nous en parlons régulièrement pendant nos études. »

Par ici les outils !

Témoigner, c’est être en mesure d’affirmer quelque chose. Raconter ce qu’on a vécu, les gens qu’on a rencontrés, les paysages qu’on a vus. Mais aussi pouvoir mettre des mots sur ce qui nous a touché, ce qui a changé en nous. Les outils de la branche Compagnons sont nombreux. La page outils «Communication» du site compagnons propose des kits «photos», «articles», et tous les éléments graphiques de la branche Compagnons. Pour les Accompagnateurs Compagnons, le Yabboq et le «Visa pour le voyage » donneront les clés pour accompagner une équipe. Le témoignage, ça se prépare… avant de partir !

LEZINFINITIFS

Écrire

Voilà trois semaines que nous sommes partis. Vingt jours courts et forts, sous la chaleur du soleil et l’amitié renforcée par le voyage. On trimbale ce petit cahier avec nous. Aujourd’hui, c’est mon tour d’écrire notre journée. Je ne sais pas comment organiser les mots. Trop d’intensité et d’émotions me traversent. Ce matin, les rires des enfants, ce repas partagé avec le village, cette balade en brousse, ces gens qui nous accueillent, sourires aux lèvres du matin au soir. Comment raconter tous ces échanges, ces sensations, ces instants où, simplement, je me sens vivre? Allez, je me lance. Je parle de la joie de la rencontre, de l’ivresse de l’aventure, l’envie de rester là, un peu soustrait du temps qui coule. On rentre dans quatre jours. Je sais qu’on gardera ce cahier longtemps. Et qu’on le relira souvent. 

Gaëtan Monot

 
Le 3e temps du parcours compagnon
Un compa, c'est plein de promesses
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