“osons !” avec Nicolas Hulot

Sidonie et Matthieu sont compagnons. Ils ont participé à l'Agora et ont été élus tous les 2 pour représenter les compagnons à la COY11, la conférence des jeunes sur le climat. Au cours de 3 jours de rencontres et d'échanges avec des participants du monde entier, ils ont pu rencontrer Nicolas Hulot et assister à sa conférence.

La rencontre

COY11-hulot-interview-sidonie-matthieu-2015

En 2012, Nicolas Hulot a été nommé « envoyé spécial pour la protection de la planète » par François Hollande. Sa mission était de sensibiliser et de mobiliser autour de la crise écologique et sur les moyens d’y faire face. Dans ce cadre, quelques mois avant la COP21, il lance un appel aux citoyens : « OSONS ». Pour lui, la crise environnementale est un enjeu colossal et la voix des citoyens doit compter.

Après un petit sondage auprès des compagnons, nous lui avons posé vos questions.

 

Que pouvons-nous faire en tant que scouts pour rendre ce monde un peu meilleur et s'engager pour l'environnement ?

C'est une question vaste. Il faut déjà vous convaincre vous même que c'est un sujet majeur et donc qu'on n'en fera jamais trop. La première chose c'est d'essayer de se documenter un petit peu. D'abord s’informer sur la situation telle qu’elle est. Pas besoin d'en lire des tonnes mais il faut comprendre les enjeux. Il faut aussi comprendre en quoi l’enjeu climatique est un effet domino qui vient accentuer toutes les autres crises. Puis il faut s'intéresser aussi aux modèles de demain pour être promoteur des solutions. Parce que c'est important d’être dans le constat mais aussi dans la solution. Il y a des solutions technologiques, économiques et institutionnelles. Mais il y a aussi des solutions à la portée de chacun : ce qu'on peut faire dans ses choix de consommation, dans ses loisirs, dans sa vie active professionnelle, dans sa vie familiale, pour entrer dans un processus d'amélioration. Et cela non seulement pour que notre impact sur l'environnement se réduise de jour en jour mais aussi pour que la tendance finisse par s’inverser un jour : « Est-ce que je peux rentrer dans une démarche d'impact positif ? Est-ce que je peux faire en sorte de commencer, à mon échelle, à réparer les écosystèmes ? »

 

Si vous aviez vingt ans aujourd’hui comment auriez-vous participé à la COY 11 ?

Quand j'avais vingt ans ma maturité n'était pas la même que la vôtre sur ces sujets-là. Mais si j'avais vingt ans maintenant, est ce que je ferai quelque chose de différent de ce que vous avez fait ? Ce serait bien prétentieux. J'espère que je serai assez semblable à ce que vous avez fait. Si j'avais vingt ans maintenant je ferai mes petites vidéos sur Internet comme je l'ai fait avec Golden Moustache.

 

Avec tous les événements qu'il y a eu : les attentats en France, les guerres dans lesquelles nous nous sommes engagées, est-ce que l’on ne risque pas de reléguer au second plan ces enjeux mondiaux ? Ou au contraire est ce que c’est connecté ?

Je pense que ça aurait pu être un effet négatif supplémentaire, mais au contraire ça donne une atmosphère de gravité qui fait émerger ce qui est essentiel et qui relègue au second plan ce qui est superficiel. Et je pense que ça crée un cadre, un contexte de responsabilité.

 

En tant que scouts et en tant que jeunes, quelles actions pourraient-on mener à notre échelle pour améliorer les choses ?

Dans les jours qui viennent signer les pétitions et trouver quatre personnes autour de soi qui pourraient le faire aussi. Mine de rien c'est très important. La protection de la nature est déjà évidemment très présente dans les fondamentaux du scoutisme mais il faudrait l’élargir à un objectif plus large de solidarité. Il faut faire de la solidarité dans le temps, dans l'espace, avec le vivant. Et il faut faire de cette solidarité le vecteur de votre engagement.

 

Le modèle économique actuel est tendu à l'échelle mondiale : comment pourrait-on établir un nouveau modèle ?

Le modèle actuel va s'écrouler par la force des choses puisqu’il est basé sur l'exploitation exponentielle des ressources naturelles qui elles-mêmes ne sont pas exponentielles. Quoi qu'il arrive les choses vont s'écrouler sur elles-mêmes. Il faut construire un modèle d'économie circulaire où tout ce qu'on met en circulation peut être réutilisé. Par exemple, à l'aide des tous les matériaux de la chaise sur laquelle vous êtes assis il faut être capable de pouvoir en reconstruire une autre. Il faut donc rentrer l’ensemble des matières premières et des ressources naturelles dans un cycle biologique ou technologique. C’est ce qu’on appelle l'économie circulaire. La nature le fait très bien car la nature réutilise tout. Tout se transforme et tout est réutilisé dans la nature. Si la nature est capable de le faire, l'homme devrait être capable de la mimer.

La conférence

Le même jour, presque toute la COY s'est réunie pour entendre la conférence de Nicolas Hulot ! De nombreux scouts étaient présents dans les participants.

Selon lui, pour arriver à un accord satisfaisant sur le climat, il faut que les hommes entrent dans une dynamique de solidarité. Aujourd’hui chacun tient à son petit confort. Or, régler ce problème de solidarité et enrayer la crise climatique ne concerne pas seulement l'avenir de notre planète. Il s’agit aussi de notre avenir, particulièrement à nous les jeunes. Ce sommet à Paris n'est pas qu’un sommet pour le climat, c’est aussi un sommet pour la paix. Si l'on se bat main dans la main pour l'environnement et qu’on obtient des résultats concluants, alors nous sommes sur la bonne voie pour le reste.

L’un des problèmes majeurs de cette crise tient en ce que les phénomènes de dérèglement climatique arrivent trop vite. Ils arrivent plus vite que notre prise de conscience et plus vite que les efforts que nous faisons pour les combattre. La crise climatique est déjà là et elle creuse toujours plus les inégalités existantes. Des hommes, des femmes et des enfants qui connaissaient déjà de graves difficultés voient leur situation empirer avec cette crise. Tout ça à cause d’un développement dont ils n’ont pas profité et qu’ils subissent. On observe quotidiennement une sordide loterie géographique. Par exemple, plus de 15 000 enfants par jour meurent de maladies alors que le vaccin existe autre part. La grande majorité n’en connaissent même pas l’existence simplement parce qu’ils sont nés au mauvais endroit de la planète. Notre monde est de plus en plus fracturé entre ceux qui créent les inégalités et ceux qui les subissent.

Le modèle économique d’aujourd’hui est un modèle qui se déploie aux dépends de toute solidarité. Il n’est plus compatible avec le monde du XXIe siècle. Ce monde tel qu'il se développe ne peut pas avoir une issue joyeuse. Regardons cette rivière de haine qui se déverse tous les jours : exploitation, inégalité, humiliation, indignation. Nous vivons tous les jours avec cette rivière juste à côté de chez nous.

Aujourd’hui, 50 % de l'économie mondiale se trouve dans les mains d’ 1 % de la population seulement. Durant la conférence de Copenhague une promesse a été faite : envoyer 100 milliards de dollars par an en Afrique. Cette promesse n'a jamais été tenue. Nous avons eu de la peine à les récolter. Et pourtant… Chaque année 650 milliards de dollars de subventions sont versés pour les énergies fossiles et 4000 milliards de dollars sont consacrées à leur impact sur la santé et l'environnement. Si l'on soumettait tout cet argent à une taxe de 0,01 %, on obtiendrait facilement plus de 100 milliards de dollars.

Break the internet avec Golden Moustache

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Aujourd’hui, nous demandons aux dirigeants d'arranger les choses. Les pays qui ont provoqués cette débâcle doivent assumer leurs responsabilités au lieu de toujours les nier. Ce n'est plus « Yes, we can ! » (« Oui, nous pouvons ! ») que nous voulons entendre mais « Yes, we must ! » (« Oui, nous devons ! »). C'est la famille humaine tout entière qui est au pied du mur. Les origines ethniques, les opinions politiques, et les appartenances religieuses ne sont que superficielles. Comme disait Martin Luther King : « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots. »

Il faut que nous fassions ressortir le meilleur de nous-même. Redevenons humain. N'attendons pas des jours comme le 13 novembre pour retrouver vie, humanité et amour envers les autres. Il faut que nous vivions tous les jours dans la solidarité.

En ce moment nous sommes tous en train de fabriquer notre avenir. Il se peut qu’il soit bon ou mauvais. A la COP 21 nous ne négocions pas seulement sur le climat mais aussi sur le sort de nos enfants. Pour venir à bout de ce projet nous devons résister à la haine envers l'autre, même s’il nous hait. Nous sommes tous uniques et indispensables pour réussir. Nous sommes comme une symphonie où chacun doit jouer sa note. Embrassons la diversité et allons au bout de ce projet.

A la fin de son discours, Nicolas Hulot a tenu à expliquer que son ressenti variait vis à vis de la situation environnementale. Il se sent parfois optimiste et parfois pessimiste. Venir à la COY11 l’a regonflé d’espoir. Il y aura toujours des pessimistes, difficile à convaincre, mais il en faut. Comme le dit un proverbe africain : « les optimistes fabriquent des avions, les pessimistes, eux, fabriquent des parachutes. »

Sidonie et Matthieu

La Coy11, côté compas
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